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Grippe-sou
La Fièvre de l'argent (Rich Flu) est un film grand public et bourrin sur le capitalisme et les inégalités sociales. Sur l'échelle de la subtilité, je lui donnerais un Avatar sur 20, et ce n'est en...
le 4 mai 2025
Il y aura des spoilers imbriqués dans cette critique.
Un film sur une épidémie mystérieuse ne touchant que les riches.
Par le réalisateur de The Platform.
Présenté le samedi soir au festival de Gerardmer (traditionnellement le créneau du film qui va plaire à coup sûr au public).
Trois bonnes raisons pour avoir envie de le voir.
ça promettait de dézinguer du milliardaire à tout va, ce qui est fort bienvenu en ces temps troubles.
Est-ce que le film tient ses promesses ? Découvrons-le zensemble.
Nous suivons pendant 2h Laura, une protagoniste assez insupportable, à dessein je veux bien le croire. Elle est superficielle, elle est cupide, elle ne possède aucune valeur "noble" (à commencer par la famille), elle nous est en somme présentée comme une psychopathe. Bien. Étant donné qu'elle incarne ce que le réalisateur entend dénoncer, je comprends sa caractérisation en personnage détestable. Mais ça rend l'envie de la voir continuer à avancer dans l'histoire difficile pour toute personne qui ne partage pas ses valeurs immorales.
Avant de continuer à parler de notre protagoniste et de ses péripéties, je voudrais faire un détour par les autres personnages et ce qui se passe en toile de fond de l'histoire principale.
Un mystérieux virus semble ne toucher que les personnes les plus riches du monde. Les règles ne seront jamais définies beaucoup plus clairement que ça au cours du film, malgré ce que laisse entendre le résumé Sens Critique déjà trop précis. Petit détail de règle du jeu qui a donné lieu à beaucoup de débats post-visionnages concernant les réactions nous étant présentées, qu'elles proviennent du peuple ou des ultra-riches eux-mêmes.
Par exemple, pourquoi accepter de transporter une trentaine de riches dans un vieux coucou alors que l'idée de gagner de l'argent semble devenue si dangereuse (sachant qu'ils ne vont pas lui payer la course 15 balles chacun, étant donné qu'elle constitue, pour eux, la différence entre la vie et la mort) ? Quelle est la motivation de ce pilote ?
Nous n'aurons aucun élément sur la genèse de ce virus donc aucun moyen de savoir s'il a été fabriqué par l'humain ou s'il est survenu naturellement. Là on est en plein dans la suspension de l'incrédulité nécessaire au visionnage d’œuvres fantastiques donc ça peut sonner comme du pinaillage, mais ça fait quand même une grosse différence. Qu'il soit survenu spontanément ou ait été développé par des scientifiques, comment le virus peut-il connaitre le chiffre inscrit sur le compte en banque de la victime ? Parce que c'est bien ce que confirme la fin tragique de Toni, l'ex de notre héroïne. Élément de l'histoire qui nous questionne sur le propos de l'auteur : au-delà de qualifier une fois de plus Laura de psychopathe, veut-il nous dire que le problème est uniquement l'argent même lorsqu'il est en entre les mains d'une personne présentée comme vertueuse ? C'est un point de vue qui peut se défendre (l'homme devient mauvais au contact de l'argent et du pouvoir) mais qui n'est pas corroboré par la trajectoire de ce malheureux personnage.
Revenons à Laura, qui a donc la mort du père de sa fille sur la conscience et qui va s'employer à protéger sa progéniture pendant la suite de l'histoire. A travers des scènes sans parole censées nous émouvoir sur l'exode des populations en difficulté, en miroir très peu subtile à ce qui arrive aux populations migrantes aujourd'hui même dans le vrai monde. Je comprends l'ambition de ces scènes mais elles ne fonctionnent pas, à mon sens, car je n'ai pas envie que Laura s'en sorte. Je veux que Laura meurt, qu'elle attrape le virus comme la pourriture qu'elle est et qu'elle en crève. Je n'arrive donc pas à projeter mon empathie envers elle et, par miroir, l'empathie censée être dirigée vers les populations réellement pauvres tombe à plat.
Ne restent que des images assez gênantes d'Européens habillés en rasta blancs traversant des paysages désertiques pour leur survie. Pour finir par arriver dans une espèce de communauté utopique au bord de la mer, où se passeront les dernières scènes du film. La succession de scènes sur le partage des richesses est d'ailleurs plutôt réussie à mon sens, ainsi que la scène de fin, qui justifie qu'on ait suivi cette saloperie tout au long du métrage. Mais ça aurait mérité un petit coup de pelle pour nous récompenser de nos efforts, au moins.
Pour répondre à la question posée au début de ma critique : non, le film ne tient pas ses promesses à mon avis. On voit peu de riches se faire démonter la tête (une petite guillotine n'aurait fait de mal à personne) et c'est une déception sur ce plan. Ajoutez à ça que le personnage avec lequel on est coincés du début à la fin n'est pas loin d'être l'avatar du capitalisme le moins rédemptable jamais écrit.
Mais je pense que c'est comme ça que Galder Gaztelu-Urrutia a écrit son film : plutôt que de nous donner la catharsis en nous présentant le Grand Soir, il nous propose une allumette en mettant en lumière la corruption du système, personnalisé par Laura. A nous de choisir ce qu'on fait avec cette allumette.
Pas sûre que ça justifie la deuxième moitié du film dont je ne sais trop que faire des scènes fleurant le néo-colonialisme.
Je finis avec une recommandation : si ce film vous a touchés, regardez la mini-série L'Effondrement par Les Parasites disponible sur Youtube, c'est plus maitrisé.
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le 6 févr. 2025
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