Ce qui est formidable avec Ingmar Bergman, c'est le fait qu'il ait donné d’indélébiles grandes lettres de noblesse au cinéma de son pays sur le plan international. Ce qui l'est moins, c'est qu'il a tellement été mis en lumière (ce qui n'est que justice, je ne dis pas du tout le contraire !), qu'un très grand nombre de ses collègues nationaux a été complètement laissé dans l'ombre. Le cinéma suédois des années 1940 jusqu'aux années 1960, c'est Bergman, point barre (peut-être un peu l'excellent Alf Sjöberg, et encore... !). Les autres cinéastes du pays de Strindberg, qui ont fait la majeure partie de leur œuvre lors de cette période, n'ont pas du tout bénéficié du même traitement de la part de la postérité. Dans les deux décennies suivantes, d'autres ont eu le droit, heureusement, à quelques timides étincelles de gloire mondiale.


Conséquence, je ne connaissais pas du tout le nom de Hasse Ekman jusqu'à très récemment. C'était un acteur, qui a joué, entre autres, dans quelques films de Bergman (toujours lui !), mais c'était aussi, évidemment, un réalisateur et scénariste. Est-ce que son œuvre, en tant que cinéaste, est digne d'intérêt ? Sur la base de cette seule Fille aux jacinthes, la réponse est "oui, incontestablement".


Après avoir passé une soirée en compagnie de connaissances, la jeune Dagmar Brink se suicide chez elle. Elle laisse juste une lettre où elle lègue tous ses biens à ses voisins, le couple Anders et Britt Wikner, qu'elle connaissait pourtant à peine. Intrigué, Anders décide de mener sa propre enquête pour essayer de comprendre les raisons de ce geste désespéré...


Ekman choisit bien ses références, principalement Citizen Kane d'Orson Welles et Laura d'Otto Preminger, et nous emporte dans une série de flash-backs pour essayer de résoudre le mystère d'une jeune femme, à qui il semblait toujours manquer quelque chose pour atteindre le bonheur ou du moins pour sortir du désespoir. Le tout sur fond du passé d'une Suède qui a eu la chance de ne pas être occupée pendant la Seconde Guerre mondiale ; ce qui n'a pas été sans quelques relations troubles.


La mise en scène, le récit et l'interprétation sont pleinement maîtrisés. Ekman s'appuie notamment admirablement sur le talent et la photogénie exceptionnelle de son actrice principale (et épouse à l'époque !) Eva Henning.


Au fur et à mesure que les révélations viennent, qu'on arrive à reconstituer le puzzle, on parvient à voir un peu plus clair. Mais, une minute avant la fin, on n'est pas pleinement satisfait malgré tout, on a envie de se dire "rien de bien fracassant". Oui, mais il reste encore une minute, et là Ekman va impitoyablement nous sortir une dernière pièce du puzzle, qui m'a personnellement laissé sur le cul. Peut-être que certaines personnes ont vu le truc venir, moi, je me suis fait piéger comme un bleu. Pour un film de 1950, c'est d'une audace incroyable. Cela oblige à revoir autrement ce que l'on a vu tout au long de l'ensemble.


En plus, le bougre avait disséminé, l'air de rien, quelques petits indices, y compris dans la séquence d'introduction. J'ai aussi visionné une seconde fois une scène bien précise, celle de la discussion avec le futur ex-mari, pour voir si le fin mot de l'histoire n'y était pas donné... eh ben si... je n'avais pas été suffisamment attentif.


Il va sans dire que ce beau portrait de femme sombre, tragique, surprenant et fascinant me donne envie de découvrir d'autres films de ce metteur en scène bien injustement méconnu et oublié (qu'en plus Bergman admirait !).

Plume231
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le 21 juil. 2020

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