La hija condor m'a séduit.
La hija condor m'a séduit par la qualité de ses plans. Chaque image d'intérieur est travaillée à la manière d'un clair-obscur. Et c'est une belle représentation, très juste, que de montrer l'intimité de communautés altiplaniques ainsi. Car dans ces maisons de terre crue frugales, seules quelques ouvertures laissent passer la lumière de la montagne. Alvaro Olmos, par ces scènes de genre bien senties, recrée la réalité quechua telle quelle et y puise sa beauté brute et quotidienne.
La hija condor m'a séduit pour son réalisme et sa justesse. C'est l'histoire de deux guérisseuses/sage-femmes, la mère et la fille (apprentie), qui parcourent leur territoire pour soigner/accoucher avec les manières et les remèdes traditionnels. Mais le monde change et Clara, la fille est séduite par les sirènes de la ville, de la modernité et de ses promesses de liberté. Cette réalité que montre Olmos, c'est celle de l'exode rurale, le choc entre des valeurs traditionnelles communautaires et la vision "occidentale" individualiste. La Bolivie est un pays complexe hétérogène, et ces deux réalités peuvent exister à 20 kilomètres d'intervalle. Le réalisateur montre les peurs qu'engendrent ce contraste et s'efface derrière une mise en scène sobre et quasi documentaire.
La hija condor m'a séduit, parce que dans cette même démarche de modestie, Olmos a choisi de montrer les femmes. Et c'est d'autant plus fort dans une Bolivie traditionnelle et patriarcale. C'est une histoire unique et originale, et c'est courageux de parler de ce dont on ne parle pas ailleurs. C'est un récit précieux, et je suis heureux de voir des acteurs boliviens talentueux incarner brillamment ces réalités peu connues.
Enfin, la hija condor m'a séduit parce que ça fait trois mois que je voyage en Bolivie, que j'ai été tour à tour fasciné, intrigué et révolté, par la beauté, les traditions et la dureté de la vie. Parce que ce petit pays de 11 millions d'habitants a tant de visages différents. Parce que c'est le pays qui recense le plus gros pourcentage d'indigènes d'Amérique du Sud et qui contient de multiples cultures, de multiples langues. Et que j'avoue n'avoir pas compris grand chose. J'ai rencontré des hommes et des femmes méfiants et en retrait, d'autres chaleureux et accueillants, des gens qui se sacrifient pour des minéraux, certains qui prient la pachamama pour leurs cultures ou d'autres qui fuient l'emprise de la campagne et de ses traditions. En fin de compte, la hija condor m'a séduit car elle répond a tant d'interrogations, ou du moins m'ouvre au regard d'un Bolivien qui aime son pays et donne à voir sa beauté, ses contrastes et ses tensions.