Les nègres sont à la mode, la Cour en est pleine
L’impétueuse Éloïse, la Fille de d'Artagnan, est témoin du meurtre de la Mère Supérieure de son couvent.
La Fille de d'Artagnan se présente comme une curieuse entité, un spectacle qui, malgré ses évidentes aspirations à la noblesse, s'enlise parfois dans une certaine inertie. Il s'agit d'un film qui honore ses intentions sans toutefois embrasser pleinement la fougue qu'un tel sujet semblait commander.
Un Panégyrique Ambitieux, Non Exempt de Fautes
Le métrage se déploie manifestement comme un hommage respectueux au genre cher au cinéma français, le film de cape et d'épée. Cette filiation est palpable, et l'on perçoit une volonté louable de raviver la flamme des aventures d'antan. La reconstitution d'époque est d'une minutie appréciable, et les effusions de chevalerie, bien qu'encadrées par une certaine retenue, sont manifestes. Les chorégraphies des duels, orchestrées avec une précision admirable, sont efficaces et bien réalisées, conférant aux joutes une authenticité visuelle qui satisfera les puristes du fer et de l'estoc.
La prestation de Philippe Noiret, en d'Artagnan vieillissant, est d'une justesse confondante. Son interprétation cisèle un personnage à la fois fatigué par le poids des années et toujours prompt à l'action, infusant un aspect mélancolique et paternel à ce personnage. Son flegme et sa présence magnétique sont indéniablement l'un des piliers sur lesquels repose la dignité de l'œuvre.
Même roi, les hommes, c’est rien que des mufles
Une Pondération Excessive et un Rythme Flagellant
Cependant, les louanges doivent céder le pas à une critique plus tempérée. La réalisation de Bertrand Tavernier, bien qu'empreinte d'une élégance indéniable, est excessivement pondérée pour un film d'aventure. Cette sobriété stylistique, qui sied admirablement à d'autres de ses œuvres, entrave ici la nécessaire effervescence que l'on attend d'une épopée de cette nature. Le rythme, déjà naturellement posé, se trouve ralenti par des scènes qui s'étirent outre mesure, conférant à l'ensemble une allure parfois soporifique. Bien que ce soit un film d'aventure, cette progression languide empêche l'immersion complète, la tension dramatique ne parvenant jamais à atteindre des sommets d'intensité.
De surcroît, l'humour, trop souvent inefficace, échoue à conférer aux échanges la vivacité espérée. Les tentatives de légèreté tombent fréquemment à plat, ne parvenant pas à susciter l'hilarité ou même le sourire contraint. Le métrage manque cruellement de cette fantaisie espiègle qui aurait pu le hisser au-delà de sa propre gravité.
Bref, c’est une œuvre qui, malgré ses intentions honorables et quelques fulgurances interprétatives, demeure un divertissement honnête mais parfois désincarné. C'est un décasyllabe cinématographique qui promet l'épopée sans jamais en atteindre la magnificence débridée, à l'image d'un vers poétique de dix syllabes : techniquement correct et structuré, mais manquant de la spontanéité, de l’ardeur et de l'élan qui transcenderait une simple régularité pour atteindre une véritable passion. Il est d'une construction trop rigide, trop mesurée, et en devient un peu lent et prévisible, dépourvu de cette flamboyance naturelle et débridée que l'on attendrait d'un tel sujet.
Pour s’établir une jeune fille doit au moins savoir coudre : tu ne sais pas ; cuisiner : tu ne sais pas ; ni broder ; ni faire les confitures