Toute jeune médecin remplaçante, Jenny Davin s'acquitte de sa mission médicale avec une sérieuse conscience professionnelle et s'apprête à rejoindre l'équipe médicale qui lui permettra de réaliser ses ambitions. Un soir après 20 heures, on sonne à son cabinet, mais elle n'ouvre pas, car sa journée est censée être terminée depuis au moins une heure. Le lendemain, la police retrouve à proximité le cadavre d'une jeune fille. C'est elle qui a sonné la veille, des caméras de surveillance en témoignent. Mais, faute de papiers sur elle, elle ne peut pas être identifiée. Jenny se sent coupable de ne pas avoir ouvert sa porte, et de plus ne peut pas supporter l'idée que la jeune victime n'ait qu'une sépulture anonyme. Elle décide de mener elle-même son enquête.
Ce film se déroule au fil d'une intrigue policière, mais le plus important est l'évolution psychologique du personnage principal, Jenny. A partir du jour où la jeune fille en détresse est retrouvée morte, Jenny ne néglige plus jamais ni un appel téléphonique, ni une sonnerie à sa porte, quitte à suspendre toute activité en cours pour répondre à qui a besoin d'elle. Si, au début du film, elle se montre sévère envers son stagiaire en lui reprochant de ne pas maîtriser ses émotions, elle apprend par la suite à mieux écouter les siennes, et à laisser parler l'humanité qui est en elle. Le parcours de son apprentissage est jalonné de rencontres avec de jeunes Africaines exploitées par des trafiquants, des parents aux prises avec la drogue ou l'alcool qui s'inquiètent pour une indigestion de leur fils, des patients prêts à l'agresser lorsqu'elle refuse un certificat de complaisance. Tout en restant dans son rôle de médecin, sans jamais se permettre de juger ni de dénoncer, elle n'a de cesse de trouver le nom de celle à qui elle aurait pu sauver la vie.
Les frères Dardenne nous invitent à découvrir le quotidien d'une jeune femme médecin dans une banlieue grise de Liège, à nous faire toucher du doigt sa solitude et sa vulnérabilité, mais aussi sa force réelle et la compassion qu'elle apprendra à témoigner. On ne voit pas souvent sourire Jenny, elle se veut le moins expressive possible et semble revendiquer une certaine neutralité dans ses rapports avec les autres, et pourtant elle n'aura de cesse, malgré les dangers et menaces de ceux que cela dérange, de rendre sa dignité à la jeune inconnue, même dans la mort. Et sans qu'elle s'en rende compte, ce cheminement l'amène, en parallèle, à rendre aussi leur dignité aux vivants qui l'entourent.
Un film touchant, qui montre l'importance des relations humaines, de l'attention aux autres, et d'une nécessaire remise en question même quand on croit bien faire.