Titre élégant et mystérieux, qui intrigue... Le passage de l'autre côté de la caméra d'un acteur que l'on a pu apprécier suscite également la curiosité.


Le titre trouve son élucidation dès les premières minutes du film, renvoyant à la méthode géométrique de plantation des arbres lors des entreprises de reboisement. Méthode qui dégage ainsi un nombre constant et important de perspectives, où que l'on se trouve dans l'une de ces forêts passablement éloignées de la silva antique, espace de sauvagerie.


Cette thématique des perspectives multiples et en nombre constant va se trouver exploitée pour métaphoriser, de manière assez transparente, la question des choix de vie, en tant qu'ils découlent des choix amoureux. Épousant le point de vue du réalisateur omniprésent - car, pour être passé derrière la caméra, Grégoire Leprince-Ringuet ne renonce pas pour autant à se trouver devant, déployant toute l'étendue de son talent : scénariste, réalisateur, acteur, danseur... -, le spectateur se trouve donc happé par une histoire relativement classique de triangle amoureux, le héros se trouvant au point exact d'intersection entre deux femmes...


La magie est convoquée. Et elle opère par moments, grâce à la beauté des femmes en question (beauté brune ensorcelante de Pauline Coupenne...), grâce à la beauté de certains plans (une très belle scène dans un non-lieu sordide asphyxié de murs rouge sang), grâce enfin à la beauté de la langue, le réalisateur relevant le pari aussi intéressant qu'audacieux d'intégrer parfois, sans transition, des passages poétiques dans le texte de ses acteurs. Passages qui adoptent volontiers le rythme solennel et incantatoire de l'alexandrin, ainsi qu'un lexique racinien qui sied à la douloureuse situation mise en place. Les acteurs affrontent assez honorablement l'exercice, parvenant à donner à leur diction à la fois une élégance mais aussi un naturel sans lequel les dialogues auraient vite pu devenir insupportables. Par ailleurs, ce type de discours, injecté au quotidien mais aussi à une situation affective intense, présente l'intérêt de parvenir à donner vie à certaines voix intérieures qui n'osent habituellement être proférées.


Mais ce pari très ambitieux ne pourrait éclore totalement que si l'ensemble était d'une élévation et presque d'un onirisme stratosphériques, ce qui n'est pas toujours ou pas constamment le cas. Plus gênant, alors que le texte est donné, au générique, pour être du réalisateur lui-même (des poèmes de toute époque ici rassemblés...), on se surprend à reconnaître l'insurpassable poème de Valéry, "Les pas", aucunement mentionné au générique, ce qui jette un soupçon pénible sur la moindre des autres trouvailles...

AnneSchneider
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le 24 juin 2016

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Anne Schneider

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