Du néo-noir américain pur jus. Arthur Penn prend le train en marche de nombreux de ses contemporains en redonnant vie à un genre qui trouve une nouvelle résonance dans les années 1970. Et comme beaucoup de ces films (Klute, Le Privé, La Cité des dangers), le résultat est contrasté. L’histoire est très vite reléguée au second plan pour se concentrer sur le personnage principal. Le privé de cette affaire connaît des soucis personnels (sa femme le trompe) et l’enquête qui l’occupe le conduit à s’interroger sur sa propre vie. Rien de nouveau sous le soleil avec, comme toujours, en point d’orgue, des femmes sulfureuses qui bousculent les codes et remettent en cause les certitudes des uns et des autres. Spécificité de ce titre, parmi les femmes fatales, une gamine de quinze ans qui n’a pas froid aux yeux en la personne d’une débutante nommée Melanie Griffith. Et, au final, un récit dont le réalisateur semble se désintéresser pour mieux se focaliser sur ses personnages.
La force principale du film, on pouvait s’y attendre, c’est la présence de Gene Hackman tout en haut de l’affiche. En privé malin et en homme meurtri, il est une nouvelle fois parfait, juste mélange de force et de fragilité qui rend son personnage attachant. Si les autres personnages masculins ont du mal à exister (hormis un jeune James Woods qui crève déjà l’écran), ce sont les personnages féminins qui occupent efficacement le devant de la scène. Des femmes libérées qui n’ont, chacune à leur manière, pas froid aux yeux et qui évoluent de façon intéressante à ses côtés tout au long de la pellicule. Cerise sur le gâteau, elles sont toute interprétées avec un réel talent, ce qui ne gâche évidemment rien.
On est, en revanche, beaucoup circonspect devant le récit qui nous est compté. Certes, ce n’est pas ce qui prime dans ce type de film, mais la conclusion est dense et les diverses révélations en fin de parcours pas toujours très cohérentes. On comprend assez mal pourquoi une petite histoire a causé tant de grabuges et de victimes collatérales. Arthur Penn a beau mettre le paquet avec mises à mort brutales, fusillades et grosses bagarres, la conclusion a du mal à convaincre. On s’éloigne de façon trop significative du ton de la majorité du long-métrage qui était plutôt intimiste. Il en ressort un film noir porté par ses acteurs mais pas abouti sur le plan du récit. Une critique récurrente dans ces films des années 1970.