Subtil mélange de thriller, de policier et d’espionnage, La Griffe n’est, certes, pas un grand film (ou, en tout cas, très loin des standards de Franklin J. Schaffner), mais c’est une série B très sympathique portée par un Yul Brynner très à son aise dans le rôle d’un agent des services secrets aussi aimable qu’une porte de prison. Principalement tourné en Autriche dans des décors enneigés qui créent une atmosphère tout à fait adaptée pour ce type de récits, le résultat fait plutôt mouche. Plutôt que de miser sur un récit alambiqué, le film mise sur un juste équilibre entre les habituels jeux de dupe propres au genre et à des séquences d’action bien maîtrisées qui donnent du rythme à l’ensemble.
Si le récit en lui-même ne casse pas des briques, il est compensé par son incarnation (les présences de Britt Ekland et de Clive Revill ne manquent pas non plus de sel) et sa mise en scène plutôt habile. Car si le rythme le fait passer parfois pour un film d’action comme il s’en tournait à la pelle à cette période, Franklin J. Schaffner utilise le thème du double et de la mort d’un fils pour mettre en évidence des personnages pervers et meurtris. Les relations troubles qu’entretiennent tous les personnages mettent l’accent sur ce monde opaque où tout n’est qu’apparence et duperie. D’où l’intérêt pour ce personnage principal, sinon antipathique mais très cynique, qui s’inscrit parfaitement dans le cinéma d’espionnage anglais.
Hésitant sans cesse entre série B sympathique et réflexion sur le cinéma d’espionnage, cette Griffe ne manquant donc pas d’atouts. Elle pourra évidemment paraître aujourd’hui démodée, mais le résultat est un divertissement tout à fait sympathique et distrayant.
6,5