La Grosse Pagaille
3.8
La Grosse Pagaille

Film de Steno (1967)

[Avec l’accent allemand, je vous prie : ]

« Ach, das guerre… Grosse pagaille ! »

L’entrée en bouche faite, parlons donc de cette comédie fanfaronne et agitée nous venant tout droit de l’Italie de 1968, signée par le Maître de la comédie populaire de l’époque, Steno. Comme cette subtile et délicate imitation introductive le suggère, le film nous emmène dans l’Italie de la Seconde Guerre mondiale, mais pas celle fasciste alliée au Troisième Reich, celle de juillet 1944, quand l’Italie du Nord est occupée par les Allemands. Les compromissions locales ne sont pas à la table des matières, pour un élan plutôt positif autour de résistances face aux nazis. S’il n’y avait pas quelques vues de Florence sur la pellicule, on pourrait se croire dans un film français de ces années, sur la valeur du peuple assiégé par les méchants Allemands.

D’ailleurs, le scénario aurait pu être repris tel quel, au moins dans les grandes lignes : un aviateur américain se fait abattre en plein vol et trouve refuge auprès de quelques Italiens prêt à l’aider, lui qui se déguise en moine puis en curé pour rejoindre les positions américaines. Le Major Peter Hawkins est une force de la nature, minéral Jess Hahn, les pieds sur terre et l’estomac dans les talons. Dans sa fuite, il entraîne le scientifique Fineschi, jeune homme distrait et peu soucieux des affaires politiques, emporté malgré lui. Mario Girotti (Terence Hill alors peu connu) a cette beauté distante et dépassée par les évènements.

Mais si le Major et le scientifique se retrouvent à fuir le Capitaine Hans Vogel, chargé de les arrêter (du Francis Blanche en nazi un peu bouffon mais pas si méchant), c’est aussi parce qu’ils ont dans leurs pattes la jeune serveuse Rita, petite boule de vie et qui se révèle être la véritable héroïne du film. Celui-ci est en effet un « musicarello », un film populaire destiné à mettre en avant un chanteur à la mode pour un public généralement adolescent. Steno en fait un film générationnel, se moquant de cette guerre que n’a pas connu la nouvelle génération d’après guerre mais qu’ils pourront regarder avec leurs parents.

Et s’il peut s’agit d’un film presque « publicitaire », il ne se sacrifie pas à l’autel de sa star, même si elle est bien mise en valeur. C’est même une belle découverte que cette Rita Pavone, qui nous gratifie de quelques extraits musicaux bien intégrés au récit, dont la scène au restaurant introduit à merveille le personnage avec son regard taquin,son énergie bouillonnante et son physique garçon, dont elle jouera en se travestissant avec un uniforme nazi. Un petit bout de femme, presque sans chichis à l’insolence mutine, que les deux autres personnages vont parfois vouloir mettre de côté.

Une présence féminine bien rare dans ce genre de comédies, souvent reléguée au second plan ou pour une histoire d’amour bâteau, quand ces rôles féminins ne sont pas dévalorisés par les acteurs masculins qui ici servent plutôt de contrepoids. Mais si cette mise en avant de Rita surprend dans le bon sens, et offre au film une fraîcheur bienvenue, le film a parfois été charcuté pour couper les passages musicaux de Rita, un scandale. C’est malheureusement le cas dans l’édition DVD de 2004 de One plus One qui de toute manière l’évince de la jaquette, préférant mettre en avant Terence Hill quitte à arranger à sa manière le scénario présenté au dos.

Pour le reste, nous avons affaire à une amusante et aventureuse production, à l’énergie toujours poussée vers l’avant. Une grande vadrouille à l’italienne, ou presque. Comme son titre français l’indique, cette grosse pagaille n’est pas forcément de la plus grande finesse (le strabisme de Michel Modo, le « sabotache ! Sabotache ! » en boucle d’Araldo Tieri), mais révèle pourtant un sens de la farce qui fonctionne, avec quelques idées comiques bien intégrées au récit. Le film ne lève pas un voile noir sur cette époque, bien au contraire, les Nazis étant plus grotesques qu’inquiétants et le passé de l’Italie mis de côté, tandis qu’il fait toujours un ciel bleu et réconfortant. Mais en offrant à Rita Pavone un rôle en or (et elle le mérite) Steno ne fait pas pour autant un bête film de commande. Grâce à l’énergie et la simplicité de son actrice, et au divertissement proposé, le film est une charmante et entraînante comédie populaire.

SimplySmackkk
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le 28 févr. 2026

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