Pour Bergman lui-même, la première moitié du film est un échec. De moi qui ai pensé cela de la seconde moitié, doit-on dire que je n'ai pas compris La Honte ? Pourtant, tout paraissait clair : le couple formé par Ullman et von Sydow, situé à la ligne de crête entre l'ascension d'un jeune couple et la pente descendante des vieux époux, est stable. L'île de Fårö aussi joue bien son rôle dans cette dystopie guerroyante. Placés dans un nid d'insouciance monotone où le temps s'écoule au rythme d'une boîte à musique, les protagonistes sont surpris par une guerre contre laquelle ils semblent immunisés, non seulement par leur peur, mais surtout par leur incompréhension. Ils sont dans un doux état de choc qui se transmet très bien à nous.
Peut-être est-ce à cet univers désagréable que je me suis habitué, me faisant percevoir l'entrée dans la partie préférée de Bergman comme une rupture mal gérée, partant de quoi je n'aurais su l'apprécier. Pourtant, je ne trouve rien qui puisse défendre la violence gratuite, déchaînée autour d'une empathie alliée réduite à peu de choses au sein de cette guerre imaginaire. L'effet de surprise est passé, même pour les personnages qui semblent s'habituer aux combats. Pourtant la souffrance qu'elle leur cause n'est pas claire : est-ce la disruption d'une existence ennuyeuse ? L'extinction de l'espoir ? La perte - si peu emphasée - de leur maison ? Les époux sont sans attache, tout comme nous le sommes envers eux.
Quand l'adultère intervient sur cette île peuplée à hauteur d'un couple au kilomètre carré de pellicule, c'est incompréhensible. Et conséquemment, c'est une excuse trop faible pour que le personnage de von Sydow, d'un être émotif et réservé, devienne un meurtrier glacial et avide. Avide... de survie, oui. Mais pour une fois, il me semble que Bergman nous donne soif de justice pour ne pas l'étancher.
Quantième Art