Quelle géniale idée que d’aborder l’un des péchés capitaux, la luxure, et, au passage, la gourmandise, créations idéologiques éminemment perverses, éminemment retorses, éminemment adultes, en replongeant vers le regard de l’enfant ! Il fallait bien Demy pour cela, son goût de l’avant, de la candeur, de l’innocence…
Sorti en 1962 et alors inclus dans un film collectif, à sketches, « Les 7 Péchés capitaux », dans lequel chaque réalisateur se voyait confié le traitement de l’un des sept péchés capitaux (Philippe de Broca, Claude Chabrol, Sylvain Dhomme, Max Douy, Jean-Luc Godard, Eugène Ionesco, Édouard Molinaro, Roger Vadim), et maintenant visible séparément grâce à internet, ce court-métrage de quatorze minutes permet de retrouver Laurent Terzieff et Jean-Louis Trintignant en jeunes hommes, anciens compagnons d’études d’art, et devisant joyeusement sur la gent féminine devant la reproduction d’un tableau de Jérôme Bosch… quand L. Terzieff ne met pas en pratique une drague active et pleine de bagout dans les rues du Quartier Latin ! De là, enfin posés dans un café, les deux compères en viennent à évoquer la luxure. Et J. L. Trintignant de livrer l’amusante compréhension qu’il avait de ce terme, étant enfant, et le rapprochement qu’il effectuait, en réalité non sans fondement, mais alors de façon totalement sauvage et improbable, avec le mot « luxe »…
Un saut dans le temps d’une incroyable fraîcheur, qui nous ramène dans ce qui apparaît maintenant comme un Paradis Perdu, avant l’ombre menaçante du sida et les imprécations du mouvement MeToo…