Voilà un film qui fait furieusement penser à Columbo. Pas précisément à l’homme à l’imperméable dont il n’y a aucun équivalent dans le récit, mais au criminel interprété par James Coburn. Comparable aux puissants de la série, il passe le film à mettre au point un stratagème afin de commettre quatre crimes parfaits. L’exécution de ces derniers s’orchestre durant près de trois quarts d’heure à grands renforts de coups de téléphone stridents qui permettent au commanditaire de s’assurer que son plan se déroule comme il l’a imaginé. L’enjeu est de savoir, bien entendu, s’il va parvenir à ses fins ou comment son plan va voler en éclats. Les quatre personnages appelés à se tuer mutuellement sont différents. Certains ont des failles évidentes, d’autres une confiance qui pourrait les desservir. Le suspense se nourrit de ces éléments avec une certaine efficacité.


Ce n’est, de toute évidence, pas un grand film mais c’est plutôt bien imaginé. Rythmé par une nouvelle excellente partition de Roy Budd, le suspense est bien entretenu. Après une entame plutôt confuse qui fait craindre un récit d’espionnage volontairement complexe, le film prend une autre direction. À peine parasitée par une romance qui joue elle aussi un rôle majeur dans l’économie du récit, la suite est un modèle d’écriture et de précision. Tourné en Angleterre, le film évoque les séries des années 70 même si on aurait apprécié que le réalisateur exploite davantage l’atmosphère britannique. Il multiplie aussi les clins d’œil à d’autres films, Psychose en tête avec une scène sous la douche remarquablement conduite. C’est dire si les codes sont maîtrisés, personne n’ayant encore auparavant tenté de tourner une variation de cette scène mythique.


Bien sûr, l’argument est peut-être un peu court et l’ensemble trop statique. Mais c’est bien fichu. James Coburn, en type vaniteux et sûr de son fait, est parfait. Suffisamment retord pour imaginer un tel plan, mais suffisamment sympathique pour que le spectateur ait envie qu’il réussisse. Un atout forcément important qui crée le suspense. Dans la lignée des polars paranoïaques de l’époque qui dénoncent le cynisme des hommes de pouvoir, voilà un film méconnu tout à fait sympathique.


Play-It-Again-Seb
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le 26 nov. 2022

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