Hollywood comme ses stars aime parler de lui dans ses propres films. La Maîtresse du diable (titre très peu évocateur) oppose deux actrices : la mère Kathryn Vale (Lena Ollin), une ancienne gloire des studios et la fille Zoe Hughes (Rosamund Pike) jeune espoir du cinéma. La tension entre les deux femmes monte lorsque la mère, retirée de la vie d'actrice fait son come-back alors que sa fille est en train de percer. La question du « fils ou fille de » a le mérite d'être clairement posée au début du film. A une directrice de casting qui dira à Zoé à la fin de son essai : « Je suis une grande fan de votre mère. Vous ne lui ressemblez pas ! », elle répondra : « Je tiens de mon père ! ». Plus tard, Zoe dira à sa mère :
« Tu veux que je réussisse mais tu ne veux pas que je sois meilleure que toi ! ».
Comment alors « tuer la mère » pour proposer une carrière artistique singulière ? Cette interrogation reste au cœur de l'intrigue jusque vers le milieu du film, notamment à travers la scène de casting où on veut voir ce que donne la « fille de », le tournage du film de Zoe où sa mère débarque et attire tous les regards ou encore les soirées mondaines où tous les photographes veulent un cliché de la mère et la fille ensemble, mais jamais de Zoe seule. La mise en scène même du film met en valeur Lena Ollin, avec une lumière en trois points la rendant rayonnante. La jalousie de Zoe envers sa mère l'amène vers un jeu dangereux : si elle ne peut pas avoir sa carrière, elle aura son mari scénariste. C'est là que le film se perd dans un trio amoureux, puis dans un secret familial tabou, concernant le meurtre de l'ex-mari de Kathryn Vale.
Mais le rythme trop lent et une fin décevante ne permettent pas à ce thriller d’atteindre une vraie ampleur tragique. L'affaire du meurtre aurait dû être bien plus développée, faisant appel à la face sombre de Hollywood (meurtre, suicide, chantage ...). La durée du film (1 h 12) contraint énormément des éléments scénaristiques capitaux comme les séquences en flash-back, revenant sur les raisons de l'animosité entre la mère et la fille et bien évidemment sur les circonstances troublantes du meurtre. Avoir Jennifer Lawrence – qui joue Zoe jeune – dans son casting et ne pas lui faire dire un seul mot relève de la faute artistique !
Cependant, le duel Lena Ollin – Rosamund Pike est très bon, cette dernière étant particulièrement douée pour le personnage de Zoe, jeune femme mystérieuse, séductrice et ambitieuse, cachant bien son jeu, une « mise en jambes » pour l'actrice qui interprétera l’année suivante l'épouse parfaite disparue de Gone Girl (David Fincher, 2014). Si La Maîtresse du diable avait suivi son idée initiale de rapport mère-fille au sein du star-system, le film aurait pu faire office de Eve de série B.