BENEDICTE MASSON (Gabriel) est revenu parmi nous ! Réalisé en 1974 , ce film est le denier du réalisateur "Les Enfants Du Paradis" ou encore "Le Jour Se Lève" ( ... et t'y peux rien, le jour se lève et c'est demain ... Le jour se lève, on est tout seul, on a la fièvre, on fait la gueule- je connais mes classiques les gars ; c'était Nanard Lavilliers avec sa chanson "Extérieur Nuit")
Il est basé sur un roman de H.G. Wells . C'est un film que Carné avait mis 3 ans pour en venir à bout . C'est que le malheureux a eu un mal fou à trouver un producteur pour le financer . Mais celui qui raconte le mieux la galère que le metteur a vécu , c'est lui même : " Commença la plus incroyable aventure que j'aie vécue durant le tournage d'un film. Ç'allait être un maelström d'événements, un tourbillon d'incidents incessants, suscitant une tension nerveuse qui faisait parfois se dresser les techniciens les uns contre les autres... Cela tenait au temps, anormalement capricieux, qui nous faisait sans cesse courir d'un lieu à un autre ; aux défraiements qui n'arrivaient jamais chaque fin de semaine comme prévu ; aux payes non effectuées ; aux grèves répétées qui en résultaient et occasionnaient des bouleversements dont on n'a pas la moindre idée dans le plan de travail ; à l'intendance qui suivait rarement..." . Puis est venu se greffer la profusion de chèques en bois émis par un producteur peu scrupuleux (- " l'émission de chèques sans provision -un rien vingt-sept !"- c'est Carné qui le dit) qui fait jaillir la flamme qui couvait sous la cendre... C'est pas fini ... Jacques Quintard , le producteur de ce film , tenait absolument à ce que le film soit présenté au Festival de Cannes . Carné était d'accord à la seule condition qu'il ne soit pas que "La Merveilleuse Visite" ne figure pas dans la compétition . La Commission de sélection rejette le film. Le producteur ne capitule pas et le présente au "Marché du film de Cannes" . Lorsque la projection eu lieu au cinéma "Le Paris" , l'accueil fut chaleureux . Et les jours qui suivirent , les échos entendues sur La Croisette sont plus que favorables . Tout le monde est unanime . Une deuxième voire une troisième projection s'organise , c'est un triomphe .. seulement à Cannes . Parce que ce sera presque pas la même tisane pour sa sortie à Paris . Surtout venant des critiques . Le film rencontrera des difficultés ... La première parisienne est envisagée pour l'inauguration du nouveau cinéma "Publicis Champs-Élysées " prévue en décembre, mais Quintard veut que la projection soit effectuée à la rentrée . La première a donc lieu en septembre dans une salle d'un passage de l'avenue des Champs-Elysées . L'accueil du public est chaleureux . Mais contrairement à l'accueil public, celui de la critique est beaucoup plus réservé. On pouvait lire de sévère comme de "conventionnel figé" au France-Soir (un canard qui a fini dans les limbes) , ou encore de " Si l’innocence peut être une source de fraicheur, elle peut être aussi une source d’affectation et de puérilité " , voire de "que le réel ne fut pas réel" . Et il faut croire que la réaction des ces critiques étrillant ce film a fini par avoir gain de cause : Gaumont , son distributeur le retira de l'affiche . Je pense que ce film aurait été mieux programmé ou mieux adapté sur le petit écran . Et je me rappel de l'avoir vu . Il n'avait été diffusé qu'une seule fois à la télévision française . C'était en 1977 , programmé sur TF1 et c'était au mois de décembre pendant les fêtes de noël . Je me souviens aussi de sa bande-son dont à l'époque je n'avais aucune idée du nom de celui qui l'avait conçu . Maintenant , je sais que c'est Alan Stivell qui l'a composé . Pas faute d'avoir essayer de le trouver ce disque , en vain . La encore pour la musique , c'est le cinéaste qui en parle mieux : " Le premier combat que je dus livrer fut pour imposer la musique d'Alan Stivell . Personne n'en voulait . J'avais beau leur faire savoir que plusieurs airs, tels que la musique du bal et surtout les trois partitions de violon, avaient été enregistrés en play-back, qu'il faudrait tout recommencer, que cela coûterait très cher , pour reprendre une formule dont on m'avait rabâché les oreilles, rien n'y faisait ... Je finis par l'emporter en pratiquant la force d'inertie. Imperturbable, je continuai de monter le film et sa musique comme je l'entendais, sans me soucier davantage des criailleries ..." . Si on fait fi de son casting qui peut s'avérer être une erreur ( ex : l'acteur principal qui peut paraitre un peu trop typé , et pas assez charismatique) , on peut ou il faut se laisser emmener par cette histoire d’un ange qui veut faire le bien et ne rencontre qu’incompréhension . Le dernier mot , je laisse encore une fois de plus à Marcel Écran (pas mal !) , face à la sortie du film devant le succès de films à l’époque comme "Emmanuelle" , " Les Valseuses" ou encore " Borsalino & Co" étaient roi :
"Est-ce qu’il y a en France des gens encore capable de rêver ?"