La mort du poisson, court-métrage d’animation entièrement muet réalisé par Eva Lusbaronian, s’attarde sur une jeune fille qui cherche à éviter que sa mère ne se noie dans la dépression, suite à la mort d'un poisson qu’elles voient toutes deux être fauché par un oiseau. Mais cette soudaine plongée dans le tourment paraît cacher la racine d’un mal plus profond.
La figure maternelle semble extrêmement émotive. Dès son apparition, allongée dans l'herbe, les traits tirés, le visage fatigué, cette femme est de toute évidence en détresse. Les nerfs à fleur de peau, émotionnellement à vif, cette femme est déjà rongée par un traumatisme.
Elle est affectée plus que de raison par la mort de ce poisson qu’elle n’avait jamais vu auparavant, soudain pêché et mangé sous ses yeux par un héron, véritable personnification de la mort. Elle va même jusqu’à l'enterrer et lui offrir des funérailles particulièrement lourdes.
Sa fille l'accompagne et imite ses danses plaintives, desquelles émane un sentiment de peine, de souffrance, comme si elle était influencée par sa charge mentale. Ou peut-être au contraire essaie-t-elle d'alléger son fardeau en le portant avec elle. Mais est-ce vraiment là le rôle d'une enfant ?
Bien que muet, le film, pareil à une mélancolique peinture animée, s'exprime au travers de la musique composée par Pablo Pico, qui rythme les danses superbement chorégraphiées avec les instruments et les chants qui les accompagnent, en lieu et place de mots qui de toute façon n'auraient, semble-t-il, pas le moindre sens pour les personnages.
Cette musicalité prégnante confère au court-métrage une dimension élégiaque saisissante, qui communique à merveille le sentiment de tristesse des protagonistes.
Rarement la mort, le deuil, la dépression, et l'acceptation, auront été tous à la fois encapsulés avec tant de beauté et de poésie.
Plus encore qu'une représentation de la mère endeuillée, cette femme traîne derrière elle des ombres d'elle-même, toutes de noir vêtues et portant le voile du deuil, incarnations de la dépression qui l'enchaîne, sans que son enfant ne parvienne à l'en libérer avant qu'elle ne la noie.
Pour cette jeune fille, il s'agit davantage d'apprendre de ce voyage émotionnel. Apprendre à savoir lâcher prise, et accepter son impuissance.