Ernesto Gastaldi est quand même un sacré malin. Difficile de penser autre chose à la découverte de ce giallo qui lorgne davantage vers le film de machination voire vers le polar ou le whodunit. Entre reprise des codes du genre (un tueur masqué habile au rasoir, un soupçon d’érotisme, une critique acerbe de la bourgeoisie), intégration des modèles plus anciens (le choix, notamment, de se débarrasser prématurément de certains personnages qu’on croyait principaux, à l’image de Psychose) et un récit qui semble sans cesse se réinventer, il propose un scénario franchement très original. Ce sentiment est renforcé par d’autres choix qui éloignent le film des habituels giallo. Cette coproduction italo-espagnole est, en effet, intégralement tournée en France et en Angleterre, d’abord à Londres puis dans un cottage situé en bord de mer qui donne à l’ensemble une identité tout à fait originale. Avec ses tonalités grises propres aux lieux, son humour pince-sans-rire et ses personnages particulièrement baroques, le film mélange habilement les différentes influences du cinéma européen. Il en résulte une profonde originalité.


L’amateur de pur giallo sera peut-être cependant déçu. Les meurtres sont peu nombreux et le tueur au rasoir n’est pas forcément le cœur du sujet. Ernesto Gastaldi préfère s’intéresser à ses différents personnages pour mettre en avant leur ambiguïté et créer une atmosphère étrange. Par ailleurs, contrairement à beaucoup de ses contemporains, il mise sur un récit, certes alambiqué, mais très cohérent. Il permet également au réalisateur de jouer sur plusieurs niveaux de points de vue qui donnent une véritable particularité à l’ensemble. Bon nombre sont les personnages qui enquêtent, qui espionnent, qui regardent, ce qui entraîne de nombreuses séquences perçues sous des angles différents qui rendent le récit plus opaque et donnent à l’ensemble une dimension paranoïaque. Qui est observateur ? Qui est acteur ? Qui est coupable ? Qui est victime ? Ce jeu-là est au cœur de la réussite de l’ensemble.


Par ailleurs, l’interprétation est d’excellente qualité, ce qui, on le sait, est loin d’être toujours le cas dans ce type d’entreprises. Nieves Navarro (alias Susan Scott) incendie la pellicule, Simon Andreu est excellent, Frank Wolff toujours aussi parfait, et le duo d’inspecteur est au diapason. Si on y ajoute la musique de Stevio Cipriano, on a droit à un très chouette film qui joue habilement des genres et se révèle franchement original. Pas un top film, mais un projet très appréciable.


6,5

Play-It-Again-Seb
7

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le 3 mai 2026

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