En fanfare d'Emmanuel Courcol fut à mes yeux le film français le plus remarquable depuis fort longtemps, tant sur le fond que sur la forme (Lire ma critique : https://www.senscritique.com/film/en_fanfare/critique/313926527). D'aucuns auront remarqué que Robert Guédiguian avait co-produit le film de Courcol. Ce n'est donc peut-être pas un hasard si La pie voleuse exploite la même thématique : le rêve d'ascension sociale d'un jeune musicien talentueux mais issu d'un milieu très populaire. Si le jeune pianiste a du talent, sa famille n'a pas les moyens matériels de sa réussite et ne peut se payer ni le piano ni les cours particuliers qu'exige la réussite au concours du conservatoire. Qu'à cela ne tienne, sa grand-mère (Ariane Ascaride) va escroquer les petits vieux dont elle s'occupe, à la fois par amour pour son petit-fils mais aussi et surtout pour assouvir son propre rêve de réussite sociale, cette chimère matérialiste à laquelle elle a longtemps cru et qui a fini par la broyer, elle et son mari (Gérard Meylan).

Le dernier opus de Guédiguian renoue avec la fable, mais pas une fable lumineuse à la Marius et Jeannette. Il s'agirait plutôt d'un récit doux amère, pétri de désillusion mais qui n'aurait pas totalement tourné le dos aux idéaux de fraternité qui caractérisent la filmographie du réalisateur.

Il ne s'agit pas du meilleur film de Guédiguian, loin s'en faut, mais il rattrape largement les erreurs de ses deux dernières œuvres, trop didactiques et caricaturales. La pie voleuse est un film qui oscille entre moral et immoral, entre amour et haine, entre joie et désillusions. Comme souvent dans sa filmographie, certaines scènes sont magnifiques et fortes, et d'autres un peu bancales. Le scénario tient la route, et le propos est intelligent quoiqu'un peu prévisible. Mais peu importe. D'autant que la Pie voleuse est également le testament de Jacques Boudet qui signe ici sa dernière apparition à l'écran puisqu'il est décédé peu après le tournage. La vieille garde guédiguinanienne se meurt mais tribu accueille de jeunes pousses prometteuses. Ici la jeune et lumineuse Marilou Aussilloux qui crève l'écran.

Ce qui est fascinant chez Guédiguian, c'est cette volonté quasi obsessionnelle de faire strictement le même film, dans les mêmes lieux, avec les mêmes acteurs et globalement le même propos tout en parvenant, malgré cette contrainte, à livrer une nouvelle brique qui fait sens en s'insérant parfaitement dans l'édifice du réalisateur. Guédiguian n'est pas un auteur capable de livrer un chef d’œuvre à chaque fois, mais un réalisateur dont il faut appréhender la totalité de la filmographie pour bien saisir la puissance dramatique l’œuvre.

Samfarg
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le 11 févr. 2025

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