Un film culte ? Non, une déception

On pourrait penser que ce film a mal vieilli, mais non, il était mauvais dès le départ

Pourtant l’idée est bonne au départ et quelqu’un comme Hitchcock en aurait fait un chef-d’œuvre, mais n’est pas un génie du cinéma qui veut et Jacques Deray , que l’on peut apprécier tournant Le Marginal, ou Borsalino, n’arrive pas à transformer un drame intimiste en quelque chose de crédible, la pauvreté des dialogues et le jeu finalement assez mauvais de Romy Schneider (sauf à la fin quand le côté dramatique arrive….enfin, pourrait-on dire !) et carrément catastrophique de Jane Birkin, ne permettent pas d’apprécier la beauté des paysages, seule qualité (avec le physique des acteurs sans nul doute) de ce film.

La mise en scène est lente, poussive, convenue. Les acteurs sont mal dirigés et si Ronet et Delon tirent leur épingle du jeu (plus Ronet que Delon d’ailleurs), c’est parce que ce sont de grands acteurs, ce que n’est pas (encore ?) Romy Schneider, dont l’époustouflante beauté ne masque pas ce rôle de femme « pseudo-libérée, emmerdante » dont elle ne débarrassera que très peu dans sa carrière, en tout cas pas dans certains films de Sautet (elle est aussi pénible dans César et Rosalie, autre film du même acabit) . Quant à Jane Birkin, la pauvre, le seul texte qu’on lui donner à réciter rendrait malheureux n’importe quel metteur en scène et ferait honte à une élève de théatre de première année. Il fallait lui extirper quelque chose dans cette scène, une émotion, de la rage, bref, autre chose qu’une maladroite récitation d’un texte qui pourtant, pourrait donner quelque chose, récité avec plus de convictions et de sentiments. Elle se rattrape à de très rares moments (celui du dernier repas notamment)

D’autres scènes sont à peine crédibles, voire proches du ridicule et rendent mal à l’aise. Ainsi la scène où les amis de Maurice Ronet envahissent la maison et où celui-ci danse avec Romy Schneider, son ancienne maîtresse. Le personnage de Romy Schneider est alors incohérent , se laissant plus ou moins séduire par son ancien amant alors que ce qui semble être « l’homme de sa vie » (Alain Delon) ne peut qu’être jaloux. Pourquoi cette ambiguité ? Est-ce pour montrer le côté libertin de cette époque, finalement assez détestable ? Est-ce une ambiguité volontaire, mais alors que c’est grossier et maladroit. Hitchcock aurait tourné ici une scène pleine de suspense, où l’ambiguité aurait été plus subtile. Visconti aurait tourné une scène de violence brutale et de libération de la frustration.

Finalement, ce film est représentatif de la décadence de l’occident soixante-huit tard. Une bourgeoisie riche et oisive qui se perd dans des jeux de séduction ridicules, à la limite de l’inceste et du sado-masochisme, qui outre leur côté assez dégueulasse, effleure ces sujets avec une pseudo gourmandise qui ferait vomir si elle n’était pas ridicule.

Qu’avez-vous donc à dire, cinéastes des années 60-70 ? Que la bourgeoisie s’ennuie ? Qu’elle est coupable d’être oisive et désoeuvrée ? Qu’elle fait semblant de laisser libre à ses fantasmes ? Franchement, Jacques, retourne à l’école et va prendre des leçons de mise en scène chez Visconti ou Hitchcok.

Les acteurs maintenant : il ne suffit pas d’être un bon acteur, encore faut-il être bien dirigé par le metteur en scène.

Un film intimiste et dramatique, doit faire monter doucement la sauce, pas seulement par des regards ou des attitudes mais aussi par les dialogues, par une accélération de la mise en scène, par un changement de rythme qu’on ne ressent pas, ni dans la mise en scène, ni dans le jeu des acteurs.

Les dialogues sont indigents, à la limite du ridicule. Il faut bosser les dialogues les gars, sur un film dramatique.

Alain Delon : qu’est-il allé confier son talent (immense) à des médiocres ? Pourquoi n’est-t-il pas resté tourner avec Visconti ou Melville ? Borsalino, ça passe avec Jacques Deray, c’est un film de divertissement, un policier, presque un nanar mais qu’on a quand même plaisir à voir tellement les acteurs cabotinent et surjouent leurs personnages, mais un drame intimiste avec le même auteur, désolé, pas crédible.

Maurice Ronet, que je connais peu, est peut-être le plus crédible des quatre dans son jeu, mais la scène de la noyade, quelle pitié, quelle incrédulité. On n’y croit pas un seul instant. Soit il n’est pas assez saoul pour se noyer spontanément (ce qui aurait donné du suspens au film), la bonne idée aurait alors été que Delon, non pas l’empêche de remonter, mais le laisse se noyer sans plonger pour le sauver. Beaucoup plus subtil, car ce n’est plus un meurtre, mais cela aurait été beaucoup plus ambigu, beaucoup plus compliqué et donc plus intéressant.

Là, il est présenté comme un bon nageur, et est à peine saoul. Une chute dans la piscine le dessoulerait instantanément et Delon n’est pas de taille à l’empêcher de remonter. Donc incrédulité totale.

Romy Schneider ne tire son épingle du jeu que lorsqu’elle comprend que Delon est le meurtrier, mais au lieu de cultiver le côté pervers du personnage – côté que le metteur en scène n’ose pas montrer, elle reste ambigüe et maladroitement interprétée. Si elle est vraiment amoureuse de Delon et qu’elle masque le meurtre, pourquoi veut-elle le quitter à la fin ? C’est encore une fois incohérent. Si l’horreur du meurtre la submerge, pourquoi ne rejette-t-elle pas son amant, attitude qu’elle semble adopter sans l’adopter vraiment ?

Jane Birkin est trop mauvaise pour qu’un quelconque commentaire soit intéressant.

Enfin, petit commentaire sur la musique : mais qui aime vraiment la musique de Michel Legrand ? C’est une musique de supermarché des années 60-70. Et franchement aucun renouvellement, aucun changement de style – pourtant rendu obligatoire par le caractère théoriquement dramatique du film - les parapluies de Cherbourg comme fond musical sur un meurtre ? Au secours ! Bernard Hermann était encore vivant, quoiqu’âgé, on pouvait donc trouver un auteur de musique de film dramatique digne de ce nom, et il ne devait pas être beaucoup plus cher que Michel Legrand.

En conclusion, à part montrer la beauté époustouflante de Romy Schneider, qui a fait fantasmer plus d’un homme à l’époque, moi le premier, et celle d'Alain Delon (qui faisait fantasmer toutes les femmes de même manière) quel est l’intérêt de ce film ?


JG1964
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il y a 12 heures

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