Afin de se protéger à la suite d'une rupture difficile, Rémi s'est mis en couple avec une poupée à taille humaine. Mais un jour, horreur : sa poupée se réveille !
Les couleurs acidulées de certains éléments de décor, des roses et des jaunes à la Wes Anderson, implantent d'emblée l'idée d'une réalité plus ou moins alternative. Dès lors, tout semble envisageable : les maisons ressemblent à des bonbons et les poupées prennent vie.
L'idée de la poupée vivante reste assez classique. Elle est souvent utilisée dans les films d'horreur, par exemple. Mais elle permet ici d'interroger une certaine vision de la femme tout comme les conventions sociales. En effet, puisque tout est nouveau pour la poupée Audrey, elle est capable d'observer une distance et donc d'adopter un regard critique.
À cet égard, il est intéressant de noter que le héros interagit avec beaucoup plus de femmes que d'hommes : sa poupée, sa sœur et sa nouvelle collègue. Chacune semble en inadéquation avec son entourage : une poupée devenue vivante qui ignore tout des usages, une jeune femme homosexuelle au physique androgyne qui ne manque pas de franc-parler dans une famille hétéronormée et aux idées très arrêtées sur la distinction entre les deux sexes, et une collègue qui devient l'unique femme dans une entreprise entièrement masculine.
Ainsi, ce film est porteur d'une dimension féministe non négligeable mais qui aurait pu être poussée beaucoup plus loin. Au cours d'une scène, Audrey expose avec virulence tout ce qui ne lui convient pas dans l'image que l'on peut se faire actuellement de la femme et dans les injonctions qu'elle reçoit. Sur le moment, elle marque son entourage par sa force de conviction qui vire même à l'agressivité. Mais elle ne semble pas réussir à faire évoluer les mentalités pour autant.
De la même façon, l'idée de se protéger de la souffrance amoureuse par la formation d'un couple avec une femme fictive était bien trouvée et même assez logique. Elle illustre à merveille la peur de la douleur, de la solitude mais aussi de la perte de contrôle dans les interactions humaines, l'un étant dans l'incapacité de prévoir les réactions de l'autre et d'accéder à ses pensées profondes. Mais si Rémi s'ouvre à nouveau à la vie réelle et à la prise de risques (grossièrement symbolisée par le parapente) en grande partie grâce à sa collègue Patricia, change-t-il réellement de vision sur les femmes ? Ou sur les conventions sociales ? Rien n'est moins sûr...
De plus, on peut se demander pourquoi Audrey passe son temps à redevenir poupée puis humaine puis poupée puis humaine. Quel est le déclencheur ? Et surtout quel est l'intérêt scénaristique ?
La fin, quant à elle, est légèrement problématique. Elle peut laisser penser que seule une autre femme (homosexuelle, qui plus est) peut comprendre et accepter ce genre de femmes très féministes et libérées.
N'oublions pas le titre qui manque singulièrement de relief.
Un film avec un certain potentiel, qui s'empare de problématiques très actuelles, mais demeure malheureusement beaucoup trop en surface.