Film de Delannoy, tourné en 1961, sur un scénario établi par Jean Cocteau à partir du roman de Mme de La Fayette - que je n'ai jamais lu. Sûr, j'ai dû passer à travers les gouttes durant le secondaire parce que je ne connais pas grand-monde qui ne l'ai pas lu ou étudié …

Mais entrons dans le vif du sujet.

Deux logiques s'affrontent dans la compréhension du scénario.

1 – La jeune demoiselle de Chartres épouse le prince de Clèves, de vingt ans son ainé. Elle ne l'aime pas d'une passion torride mais lui a juré fidélité. Elle rencontre lors d'un bal, fortuitement, le jeune duc de Nemours pour lequel elle éprouve soudain quelque inclination. Elle en a peur et s'en ouvre à son mari qui en ressent une jalousie qui finira par l'abattre. Jeune veuve éplorée, elle reste fidèle à la mémoire de son mari et refuse de revoir le duc de Nemours malgré les incitations appuyées de la reine, Marie Stuart, et de son cousin Chartres. Tombée dans un état de langueur, elle finit par mourir pour rejoindre son mari. C'est l'image de la Vertu, de la fidélité, de l'Amour Platonique, du désir inassouvi. C'est beau.

2 - La jeune demoiselle de Chartres épouse le prince de Clèves, de vingt ans son ainé. Elle lui a juré fidélité mais ne l'aime pas. Et quand le jeune godelureau Nemours, coqueluche de la cour qui arbore un tableau de chasse sûrement impressionnant, semble scotché lors du bal, elle décide de s'en amuser et de le faire courir un peu. Comme son mari qu'elle a bien en main. Au moins, elle, elle personnifie la vertu et se démarque du reste de la cour à couchailler à droite et à gauche. Elle ne profite même pas des talents (certains) du jeune gommeux Nemours. Pire, elle va aller raconter à son mari qui se consume d'amour et de jalousie qu'elle ressent quelque inclination pour le jeune nobliau en lui disant bien que jamais, au grand jamais … Mais la rumeur persiste et enfle à la Cour quand la princesse part se ressourcer à la campagne dans la solitude et que le galant file à l'anglaise pour l'y surprendre. Fou d'amour, le prince de Clèves en meurt. Mais veuve, elle persiste encore à refuser de voir le gandin Nemours qui est bien parti pour se laisser mourir aussi de désespoir. La princesse de Clèves est une femme belle, sans aucun doute, mais d'une perversité rarement atteinte. Sous couvert d'une grande mièvrerie, l'amour qu'elle porte à l'homme y est malsain voire toxique. Qu'avait-elle besoin de raconter à son mari sinon pour lui faire du mal. Qu'avait-elle besoin de s'éloigner alors que son rôle était d'être à la Cour. Gageons que le prince de Clèves n'a pas dû en profiter bezef de sa femme. Bref, elle n'aime pas les hommes. Et ce n'est pas beau. C'est même diaboliquement pervers.

Peu importe l'interprétation du scénario, en fait. Il se trouve par ailleurs que le film de Delannoy est vraiment magnifique. Les décors et les costumes sont somptueux. Une partie du tournage s'est effectuée au château de Chambord qui est, comme on sait, une véritable splendeur.

Le contexte historique ainsi que le fonctionnement de la Cour ne sont pas non plus dénués d'intérêt.

Jean Marais y est excellent dans son rôle de mari malheureux et qui se tord de jalousie. Mais c'est Marina Vlady qui tire tous les bénéfices de la distribution. Le jeu de Marina Vlady se prête parfaitement à chacune des deux interprétations ci-dessus : la passion qu'une énorme force morale du personnage écrase sous l'image d'une fidélité sans faille ou la perversité d'une très belle femme qui se refuse (à l'amour) pour mille et une raisons.

Pour finir, mon cœur balance entre les deux interprétations et il me plait de chercher à chaque visionnage d'en démontrer la pertinence. Et à tous les coups, je gagne …


JeanG55
8
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le 5 févr. 2025

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