C'est cette fois Guillaume Nicloux qui s'empare du roman éponyme de Diderot et c'est bien plus fade ou plutôt bien plus sage que la première version réalisée en 1967 par Jacques Rivette. Le film suit pourtant la même histoire, quoique la fin est fondamentalement différente, c'est-à-dire celle de Suzanne Simonin, forcée de rentrer les ordres, qui passe d'un couvent aux règles très dures à un couvent aux mœurs disons plus légères.
Le premier déployait une telle violence physique et psychologique qu'il pouvait être comparé à la nunsploitation, genre de séries B toutes plus folles les unes que les autres - particulièrement populaires au Japon où le christianisme y occupe une place bien moins importante - qui s'amusent à mettre à mal la religion mais plus particulièrement les couvents, empruntant par ailleurs certains codes du WIP ; le Woman In Prison. Ah c'est tout un univers hein ! Bref, ici, on est bien loin de ces codes-là et d'un côté tant mieux puisque nous ne sommes plus dans les années 60/70 mais en revanche, le film ne fait jamais vraiment ressentir la brutalité que se prend Suzanne dans la tronche à longueur de temps.
Le film adopte ce que j’appellerai le syndrome "Cris et Chuchotements" que les réalisateurs se sentent obligés d’appliquer dans le cinéma français dès qu'ils ont un sujet "sérieux" ou un drame sous la main. Et ça se traduit souvent par des dialogues à voix basse avec beaucoup de longueurs entre les répliques ou des cris lorsque les personnages sortent de leurs gongs. Il n'y a pas vraiment de juste milieu en fait.
Et avec ça s'ajoute évidemment un jeu particulièrement théâtral où chaque syllabe est prononcée (parce-qu'on est dans un film d'époque alors on parle comme un vieux bouquin) ou alors apathique et, pour le coup, Isabelle Huppert est parfaite dans le personnage puisqu'elle excelle dans la discipline.
Il en est de même pour la mise en scène d'ailleurs, là où le premier film donnait cette impression d'ambition avec ses plans construits comme des tableaux ; ici, c'est bien plus pauvre, la voix off étant d'ailleurs souvent privilégiée au profit des images. Même si notons que certains plans restent parlants en retranscrivant assez bien l'état d'esprit de Suzanne, notamment lorsqu'elle est sur le point de faire ses vœux.
Alors évidemment, avec ce genre de film, le rythme est évidemment mou, ce qui donne à "La Religieuse" un caractère particulièrement ennuyant pour une histoire pourtant, à la base, captivante.