Le phénomène météorologique inquiétant sur lequel s'ouvre La Renarde folle sert deux fonctions, la première est purement scénaristique : son interprétation par les mystiques de la cour sera la base de l'intrigue du film. Cependant c'est l'atmosphère rouge qu'il crée sur le monde qu'il surplombe - nous offrant de splendides plans écarlates - qui s'avère la plus marquante, faisant, en tout cas pour moi, totalement passer au second plan les rebondissements liés aux intrigues et trahisons pour nous annoncer l'onirisme global qui fera le charme de l'oeuvre.
Je vais donc passer rapidement sur les péripéties introductives, dont les longs plans fixes peu avares en dialogues soulignant l'omniprésence du sacré et l'absurdité des traditions font de ce mauvais présage une prophétie auto-réalisatrice, donnant à cette situation incongrue une importance incroyable. Les actions réellement violentes ayant une forte incidence sur le récit (meurtre, incendies...) sont, elles, assez rapidement expédiées mais n'en sont pas moins marquantes.
Alors que le protagoniste sombre dans la folie après la mort de sa bien aimée, l'intérêt majeur de La Renarde folle apparait, le temps d'un plan dans un champ d'or, le film nous plonge dans une dimension éthérée qui va peu à peu prendre le dessus sur le récit. Rêve fiévreux prémonitoire ou intervention divine ? Peu importe finalement, il est difficile de ne pas se faire hypnotiser par cette scène - certes longuette - mais surtout lunaire et théâtrale.
Alors que les péripéties du protagoniste avancent, celui-ci a alors l'occasion de rencontrer la soeur jumelle de celle-ci, ainsi qu'une renarde, qui, après lui avoir sauvé la vie prend aussi son apparence, achevant de déboussoler. Il y a quelque chose de troublant dans le fait de suivre un personnage qui s'annonçait glorieux et est finalement un abruti fini n'ayant aucun contrôle sur ce qui lui arrive.
Cette perte de repère est associée à une dichotomie entre vie citadine et vie pastorale. L'une, n'étant proche du sacré qu'en apparence mais ayant depuis longtemps cédé aux sirènes de l'individualisme moderne (intrigues, meurtres et sexualité débridée), tandis que l'autre, incarnée
par la fameuse figure des renards pouvant prendre forme humaine associée aux villageois reste proche de ses traditions. Le tout avec un manichéisme dont l'aspect réactionnaire est, ma foi, fort critiquable.
Plongeant du premier de ces modes de vies vers le second, le protagoniste est enfermé dans un double mensonge, celui-ci est symbolisé dans la scène finale par un décor de carton superbe permettant à la théâtralité du film d'atteindre son pinacle. Il est toutefois, selon moi, fort regrettable que la fin soit si rapidement expédiée après cette démonstration de force, l'ensemble des intrigues tissées ne trouvant aucune résolution... Et puis je comprends pas pourquoi il se transforme en caillou j'avoue
La Renarde folle est donc un film fort surprenant, qui, après nous avoir induit en erreur avec des fausses pistes d'intrigues de cour, vient nous surprendre dans un voyage onirique sublime. Appuyé par des décors splendides (champs d'or, décor final...) associés à des idées simples et efficaces (masques de renards, décor en carton mobile...), ce film assume ses artifices, même les plus douteux (bébé en plastique, papillons tirés par des fils...) et en tire une beauté rare.