Longtemps proposé en vidéo accompagné de sa seule VF, La Résidence est enfin sorti en Blu-ray avec sa VO anglaise initiale malgré la provenance espagnole de l'œuvre. Premier film réalisé par Narciso Ibáñez-Serrador, présentateur vedette d'un jeu télévisé ultra populaire en Espagne sous le pseudonyme de Chicho, l'homme reste un sacré expérimentateur en termes de mise en scène. À l'instar de Takeshi Kitano quelques années plus tard, Ibáñez-Serrador sait pertinemment faire le "clown" pour le grand public et réaliser des œuvres bien plus personnelles, froides et violentes pour le compte du 7e Art.
En ce sens, La Résidence reste non seulement une œuvre majeure au sein du cinéma fantastique mais aussi, certainement, l'un des films préférés de Dario Argento qui a dû le disséquer durant des années pour en recopier certaines des meilleures parties photogéniques. De L'Oiseau Au Plumage De Cristal à Phenomena, en passant indéniablement par Suspiria, il est dingue de constater combien La Résidence a indéniablement inspiré non seulement le Maître du giallo, mais aussi un large pan du cinéma horrifique des années 1970.
La Résidence se déroule au XIXe siècle dans un manoir à la campagne, figé au fin fond de la France. Sous la direction de Madame Fourneau (impeccable Lilli Palmer), l'endroit est l'un des hauts lieux scolaires où la discipline se voit très violemment transmise pour le respect des règles d'organisation de la vie collective. Avec l'arrivée de la jeune Teresa (incarnée par Cristina Galbó, héroïne de certains westerns italiens mais aussi du génialissime Mais… Qu'avez-Vous Fait À Solange ? réalisé par Massimo Dallamano), le cadre du pensionnat va se voir troublé par d'inquiétantes disparitions adolescentes…
Au temps de la dictature espagnole, Jesús Franco était l'un des rares réalisateurs à s'exprimer dans le domaine horrifique, mais La Résidence marqua une forme de point de non-retour puisque l'œuvre toucha le cœur du grand public peu habitué à ce type de cinéma. Entre 1968 et 1975, ce ne sont pas moins de 150 films de genre qui se verront produits en Espagne, indéniablement inspirés par la teneur aussi psychologique qu'horrifique de La Résidence.
Créateur de la célèbre série TV Historias Para No Dormir à partir de 1966, Ibáñez-Serrador modifie le scénario d'un épisode qu'il vient de rédiger afin de le convertir pour le grand écran. Il ressent que cette histoire-là mérite bien plus d'attention que les autres et l'homme ne se trompera pas. Avec un budget de 50 millions de pesetas (environ 300 000 €), il met rapidement sur pied une œuvre qui va catégoriquement métamorphoser l'esprit du cinéma gothique mondial.
Premier film espagnol intégralement tourné en langue anglaise, La Résidence a également la particularité d'être mené à bien par les meilleurs techniciens du cinéma ibérique d'alors. Du cadrage au montage, en passant par les costumes, les décors ou encore la musique, tout est indéniablement parfait. Et cela sans compter sur la dextérité d'Ibáñez-Serrador en matière de mise en scène. L'homme s'avérant être un excellent artisan en la matière, il est désolant de constater qu'il n'a réalisé que deux longs-métrages lors de sa longue carrière créative (le second étant ¿Quién Puede Matar A Un Niño?, traduit par chez nous n'importe comment sous le titre de Les Révoltés De L'An 2000).
Quoi qu'il en soit, le cinéma de Narciso Ibáñez-Serrador ne se raconte pas, il se visionne directement en gardant le cœur bien accroché face aux nombreux vices disséminés. Car même si les effusions de sang restent rares, elles se voient administrées ici sur des adolescentes parfaitement innocentes que le cinéma U.S. a rapidement récupérées pour son propre compte, mais sans forcément y émettre la même qualité artistique.