Red River est marqué par un souci de réalisme qui imprègne le film lui-même et qui a également marqué le tournage. Les scènes de troupeaux utilisent des milliers de têtes de bétail ; certaines prises ont été réellement dangereuses. La séquence où le troupeau s’emballe, tout comme la traversée de la rivière par le bétail et les chariots, sont particulièrement impressionnantes.
Red River n’offre pas une vision idéalisée ou « romantique » de cette période. Les rapports humains sont rudes, la vie est dure, la route est poussiéreuse, la pluie trempe les hommes. Le film a par moments un véritable aspect documentaire.
John Wayne campe un propriétaire de bétail autoritaire avec son charisme habituel. Face à lui, Montgomery Clift, dont c’est le premier rôle au cinéma. Sa présence est très différente de celle de Wayne : toute en introversion, mais tout aussi magnétique.
Ce western met en scène le face-à-face entre ces deux hommes si différents : l’un devient de plus en plus brutal et incapable d’écoute envers ses hommes ; l’autre est silencieux, observateur, sensible et attentif aux besoins des hommes et à leur fatigue. Plus le film avance, plus les relations se détériorent. John Wayne est convaincant en homme qui s’endurcit au point d’en perdre le sens de la réalité. Il est tout-puissant et s’arroge le droit de vie et de mort sur ses hommes : « Je suis la loi. » Pourtant, on sent que cette dureté est née en lui de la dureté de la vie. Il s’est battu au milieu du désert pour constituer un troupeau qui, au final, après quatorze ans, ne vaut plus rien. Il se lance alors dans une transhumance de plus de 1 600 km alors que personne n’y croit. Il se bat contre la vie et, finalement, contre tous.
Red River représente un tournant charnière dans l’histoire du western : il conserve les codes du western épique tout en introduisant une tension psychologique plus marquée entre les personnages.
Red River ne fait pas partie de mes westerns préférés. Je trouve que l’évolution psychologique des personnages aurait pu être traitée de façon plus fine ; certaines ruptures sont trop brutales. En particulier, la finale arrive comme un cheveu sur la soupe et vient casser la tension dramatique instaurée auparavant. Je la trouve peu crédible.
Par ailleurs, je n’aime pas le personnage féminin de Tess Millay, traité de façon très caricaturale et selon une certaine représentation de ce que peut être un personnage féminin « fort ». De manière générale, je déteste les « romances » dans les westerns : elles n’y ont pas leur place et sont souvent traitées de façon très superficielle, comme ici, où Tess tombe immédiatement amoureuse de Matthew. La gifle qu’elle lui donne est un pur cliché. Rien n’est véritablement construit dans leur relation.
En dehors de ces réserves, j’aime malgré tout ce western pour son réalisme dans la représentation du travail des cowboys et pour le personnage de Wayne, même si celui-ci aurait gagné à être davantage élaboré dans son évolution. Et j’ai toujours plaisir à le revoir.