"The Road" est une bonne adaptation du roman de Cormac McCarthy.
Malgré un certain manque d'émotions véhiculées à travers le film, cette adaptation du roman de Cormac McCarthy sur la relation d'un père et de son fils évoluant dans un univers post-apocalyptique s'avère être très réaliste et assez puissante.
L'année 2009 aura été propice au films post-apocalyptiques. Paru la même année que "2012" ou que "Terminator Salvation", "The Road" est aussi sorti en salles à la même période de l'année que "The Book of Eli", autre film traitant du parcours d'un homme dans un univers dévasté par on ne sait quelle catastrophe. C'est à ce dernier film que "The Road" ressemble le plus, et on peut dire des deux qu'ils sont plus ou moins au même 'niveau'. Mais là où "The Book of Eli" retrace le parcours d'un homme mystérieux, expert en arts martiaux et portant avec lui un bien étrange et symbolique fardeau, "The Road" s'avère être au final la version la plus réaliste des deux. Son histoire – adaptée cela dit en passant d'un roman de Cormac McCarthy, à l'origine des tous aussi brillants "No Country For Old Men" et "The Counselor" – porte avant tout sur la relation qu'entretiennent un père et son fils sur une Terre stérile et hostile, ravagée par une catastrophe inconnue, où l'anarchie, la terreur et le cannibalisme sont rois.
Si ces deux hommes évoluent dans un monde parsemé de dangers, le film ne nous montre au final pas énormément de scènes d'actions, laissant plutôt planer le suspense du début jusqu'à la fin à travers une ambiance sonore qui nous rappelle sans arrêt que tout peut arriver à n'importe quel moment. Au contraire, c'est avant tout la relation entre le père et son fils qui est mise en avant. Les interprétations de Viggo Mortensen et du jeune Kodi Smit-McPhee sont excellentes. Un véritable lien existe entre les deux personnages. Le père vit pour que son fils survive, et n'hésite pas à lui enseigner à se servir d'une arme, le laisse délibérément observer les cadavres humains quand il y en a, et se montre parfois rude quand son fils insiste pour aider un pauvre passant qui ne leur veut aucun mal. Il est intéressant également de constater l'aspect humaniste qui se dégage de cette relation, notamment quand le père signale à son fils que jamais de leur vie ils ne mangeront de chair humaine.
On sent dans le jeu de Viggo Mortensen un véritable instinct paternel visant à protéger son fils, de même que Kodi Smit-McPhee parvient brillemment à interpréter ce jeune gamin appeuré, parfois naïf, vivant dans un monde qui ne lui était pas destiné, un monde trop grand et dangereux pour lui, qui reste un être pour ainsi dire "pur". Si l'affiche vante également la présence de Robert Duvall, Guy Pearce, Charlize Theron ou encore Michael Kenneth Williams dans le film, l'apparition de ceux-ci ne dure jamais longtemps. C'est donc uniquement sur les performances des deux protagonistes principaux que repose tout le brio du film.
Si "The Road" s'avère être très réaliste au niveau des personnages et des événements qui se passent, il manque cependant au film une part émotionnelle importante. On comprend ce que les personnages ressentent, mais le manque d'action et d'éléments venant chambouler leur quotidien nous garde un peu à l'écart de toute émotion à leur égard. Le film a une ambiance de tension et s'avère être dépressif, mais pas au point où l'on pleure à la fin.
Le film est tout de même mémorable pour certaines scènes assez touchantes entre le père et le fils, des scènes qui font évoluer leur relation tout en nous rappelant ce qu'il se passe dans le monde, comme celle où le père offre une canette de Coca Cola qu'il vient de trouver à son fils, que ce-dernier lui demande de quoi il s'agit et qu'il partage la boisson avec son père avant d'y goutter. Idem pour la scène où les deux personnages tombent par hasard sur une réserve de nourriture cachée dans une trappe sous-terraine, alors que tous deux sont affamés et qu'ils viennent de vivre un moment stressant suite à avoir ouvert une trappe à l'intérieur d'une maison habitée par des cannibales.
Pour ce qui est du reste, les performances techniques viennent appuyer le récit en le servant de diverses manières. L'image garde un aspect grisâtre monotone du début jusqu'à la fin, de même que le son n'est jamais totalement silencieux, le tout pour maintenir l'ambiance. Les thèmes musicaux de Nick Cave et Warren Ellis ont beau être très simples, ils parviennent à traduire le sentiment qui se dégage de chaque scène, qu'il s'agisse de moments plus ou moins joyeux entre le père et le fils, ou – bien entendu – des séquences plus stressantes marquant la rencontre avec des cannibales, auxquels ils joignent des sons de cordes assez graves et dérangeants. Du très beau travail en somme.