On connait de John Ford ses grandes épopées de l’Ouest ou ses films prolétaires, ses œuvres mythiques de cow-boys ou critiquant l’Amérique. Mais on connait très peu ses œuvres reconnues comme mineures. Tobacco Road (USA, 1941) est de celle-là et sa minorité semble davantage relever du film en lui-même, de sa production que de sa valeur qualitative.
Réalisé par Ford à la suite de The Grapes of Wrath (USA, 1940), il fallait au cinéaste une œuvre de répit comme sa filmographie en est pourvue. C’est ce qui motive la folie discrétionnaire du film. Ford offre un contre-champ, un négatif au grand film reconnu qu’est The Grapes…, drame sur la grande dépression. Le drame du film de 1940 n’a d’égal que l’absurde du film de 1941. Et d’expérience, le cinéma de Ford produit des films trop curieux quand ils s’allient avec la loufoquerie.
Le délire communautaire qui gangrène les protagonistes de The Lost Patrol est un exemple éloquent sur l’incommunicabilité de Ford avec la folie humaine. Le film s’attarde sur la décrépitude d’une contrée américaine : la route du tabac, où Ford y relate l’histoire abracadabrante d’une famille composée d’un vieillard, de sa femme, de leur fils hyperactif et épuisant, d’une fille aussi belle qu’elle est muette et d’une grand-mère en arrière-plan. Il y a essentiellement une question d’éthique que pose le film et auquel The Grapes… semblait avoir répondu brillement : Peut-on donner à voir une image sardonique de la misère humaine ? Si je viens d’écrire que le film précédent eut répondu élégamment à cette question c’est parce que Ford y aborde la misère humaine en la transposant comme drame.
La manière est moins habile que dans le néo-réalisme mais elle a son incidence et respecte le malheur originel. Or il est triste que Ford se renie au profit d’une erreur aussi grossière que celle de Tobacco Road. La lourdeur humoristique plaira à qui le veut mais son immoralité foncière a peu de chance de trouver crédit.