Pas la plus célèbre des réalisations de Clint Eastwood, La Sanction est un film mineur. On pourrait même affirmer qu’il s’agit de la première réalisation en retrait de sa carrière (Breezy ayant connu une réhabilitation tardive). Le film n’est pourtant pas mauvais, loin de là. On retrouve le savoir-faire du réalisateur et sa capacité à se hisser au niveau de son sujet. Ici, la prouesse est d’avoir réussi à faire un film impressionnant car franchement réaliste. Toute la partie autour de l’alpinisme est ainsi une réussite. Le souci principal du film est sa difficulté à trouver son genre. L’aspect espionnage est ainsi rapidement évacué. Il reste un film oscillant entre l’aventure et l’action, même si le rythme est trop lent pour tenir la distance d’un film d’action. C’est donc un drôle de film, les fesses posées entre différents genres, trop riche sûrement en intrigues secondaires pour réellement passionner. D’une durée de 2h09 dans sa version intégrale, le résultat aurait gagné à être amputé d’une bonne demi-heure.
Languissant par moments, le film n’est ni suffisamment percutant ni suffisamment tortueux pour tenir le spectateur en haleine. Certaines séquences sont pourtant particulièrement spectaculaires. Par ailleurs, en tournant plusieurs scènes dans la mythique Monuments Valley, on le voit, pour la première fois dans sa filmographie, évoquer le fantôme de John Ford qu’on retrouvera plus tard dans des films plus humanistes. L’action virile qu’il développe dans la préparation et l’ascension le rapproche davantage d’un Raoul Walsh ou d’un Howard Hawks. Autrement dit, La Sanction marque par son classicisme et sa capacité à intégrer dans de sublimes paysages des scènes d’action fortes où l’homme est confronté à la nature.
Ne réussissant pas à choisir son camp entre le petit film d’action sympa et le film de genre qu’est l’espionnage, Clint Eastwood échoue à bien nous raconter son histoire et à bien peindre ses personnages. Il reste un film plutôt anecdotique, trop long, traversé ici ou là de quelques éclairs et un final impressionnant parce que réaliste sur les flancs de la montagne Eiger. Le réalisateur n’est pas passé à côté d’un grand film mais il aurait pu, avec un tel sujet, proposer un film beaucoup plus tendu et réussi. Dommage même si un petit Eastwood reste toujours un moment agréable.