Premier long métrage d'Arnaud Desplechin, La Sentinelle imprime sur le cinéma français une marque indélébile souvent imitée, parodiée ou plagiée. Un cinéma bourgeois parisien, marqué par l'école de la FEMIS. Dans le cinéma français, il y a un avant Arnaud Desplechin et un après. Desplechin a en effet mis en place un dispositif, l'étude quasi sociologique d'un milieu, le sien, la petite bourgeoisie parisienne, et a installé toute une galerie d'acteurs et d'actrices ainsi que des scénaristes et cinéastes. Des jeunes acteurs et actrices inconnus à l'époque comme Emmanuel Salinger ou Mathieu Amalric et Marianne Denicourt ou Emmanuelle Devos sont aujourd'hui considérés comme des pointures du cinéma français. Et si Salinger et Amalric ont depuis pris le contrôle de la caméra, on trouve au générique de La Sentinelle aussi bien Pascale Ferran que Noémie Lovsky, qui firent ensuite une carrière plus confidentielle mais dont les oeuvres sont tout aussi intéressantes que celles de Desplechin. La Sentinelle, c'est l'émergence d'une nouvelle génération de cinéastes de scénaristes et d'acteurs. Cette troupe tiens autant du système de la femis que du théâtre qu'affectionne Arnaud Desplechin.
C'est aussi un premier film intriguant, sur de lui qui n'hésite a aucun moment. L'assurance de Desplechin à tous les niveaux (réalisation, scénar, direction d'acteurs) est stupéfiante surtout lorsqu'on considère la complexité de l'histoire de La Sentinelle. Mêlant film d'espionnage historique et politique avec le drame intimiste. Question film d'espionnage La Sentinelle rejoint Les Patriotes d'Eric Rochant (avec qui Desplechin avait écrit Un Monde Sans Pitié) par son approche ultraréaliste du métier d'espion. L'espionnage c'est tout sauf spectaculaire. Aujourd'hui les espions sont des scientifiques et des diplomates qui recueillent petit a petit les informations qui isolées ne semblent pas avoir d'importance, mais qui peuvent changer la face du monde une fois regroupées. Pour un premier film, Desplechin met la barre très haut, mais sans doute parce qu'il a conscience que ce premier film est également peut être son dernier La Sentinelle est aussi un film qui revient sur l'histoire du cinéma, le cinéma qu'affectionne Desplechin, pelle mêle les citations fusent: Jean Renoir et la regle du jeux, Fritz Lang du Mabuse, Godard pour A bout de souffle. Le contexte politique abordé, la chute du communisme et les tractations diplomatiques qui aboutirent aux échanges d'espions et de prisonniers entre l'est et l'ouest n'est qu'une décor, ce qui intéresse finalement Desplechin c'est le destin de deux hommes dont la morale les opposent au reste du groupe. Mathias se reconnaîtra dans l'intégrité de Bleicher et sa détermination a sauver la mémoire de son frère, lui qui reste marqué par la droiture et l'intelligence diplomatique de son père (surnommé de son vivant "la sentinelle") à une époque ou tout les coups sont permis. La Sentinelle plus qu'un film politique pose des questions philosophique, la place de l'individu dans l'Histoire. La conscience individuelle, face à la conscience collective Qu'est ce qui est le plus juste? Mais surtout, La Sentinelle ouvre la thématique de l'héritage et de la mémoire de la famille, ce que l'on retrouve dans tous les films de Desplechin. Une ouverture que Desplechin approfondira de film en film jusqu'à Rois et Reine et Un Conte de Noël.
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le 16 janv. 2011

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