En donnant la voix au texte de Svetlana Aleksievitch, Pol Cruchten choisit de faire appel tant à des habitants qu'à des comédiens aguerris comme Dinara Drukarova. Cette mise en miroir continue le travail du réel et de la fiction se contre-interrogeant. J'ai particulièrement apprécié l'énorme et fabuleux repérage à Tchernobyl (ville, campagne, centrale) où chaque plan est parfaitement calibré et synchronisé avec les voix off reprenant des passages du roman. L'originalité de cet objet filmique est en outre de mettre en perspective les personnes qui y ont travaillé et celles qui sont intervenues peu après ce qui fut présenté à l'époque comme un incident. Des nettoyeurs au directeur de la centrale en passant par les ouvriers et les pompiers, toute une chaîne de professionnels interroge de manière peu commune les rapports entre connaissances, raison d'état, monde du travail concerné et opinion publique.