Land of the Pharaohs de Howard Hawks est un péplum d’une redoutable efficacité, mêlant grand spectacle et tension psychologique. D’un côté, la mise en scène en Cinémascope magnifie la construction des pyramides, offrant une longue séquence visuelle qui confère un certain réalisme au kitsch ambiant et parfois inhérent au genre. De l’autre, les confrontations entre les personnages principaux rythment le récit : Pharaon, hyper droit dans sa mégalomanie (on pourra ici le trouver presque un peu trop simpliste dans son écriture), Nellifer, la princesse chypriote aussi savoureuse que machiavélique, incarnée avec brio par Joan Collins qui est sans doute le personnage le plus marquant du film, Hamar, le fidèle bras droit du souverain, et Vashtar, l’architecte issu d’un peuple rejeté par l’Empire mais indispensable au Pharaon par son talent. Autour d’eux gravitent quelques personnages secondaires mais qui n'enrichissent que trop peu l'univers du film.
Il manque en effet ceci dit un peu de profondeur pour figurer parmi les chefs-d’œuvre de Hawks. Le scénario demeure assez mince : par exemple, le peuple de Vashtar n’est jamais explicitement identifié comme juif, bien que l’inspiration semble évidente, et les personnages semblent être avant tout des archétypes. Le film peut ainsi paraître un brin caricatural, et l’on pourrait regretter qu’une telle fresque ne dure qu’1h45, tant le spectacle est pourtant prenant et divertissant. La mise en scène somptueuse d'Howard Hawks fait ainsi qu'il est quasiment impossible de s’ennuyer devant.
Le réalisateur signe ici son unique incursion dans le péplum, et le résultat, aussi atypique dans sa filmographie que réjouissant à regarder, mérite largement le détour.