André de Toth, réalisateur relativement mésestimé pour avoir réalisé principalement des (bons) films de série B, est un nom assez incontournable pour l'amateur de western. On lui doit, outre les excellents La Chevauchée des bannis (1959) et La Rivière de nos amours (1955), pas moins de six collaborations entre 1951 et 1954 avec le stakhanoviste du genre, Randolph Scott. Sorti en 1953, La Trahison du capitaine Porter - Thunder Over The Plains en version originale - est le quatrième film dans cette liste. Doté d'un scénario solide et original, cette courte production (1 h 22) annonce par bien des aspects le ton du fameux cycle Ranown, qui désignent les sept films tournés par Budd Boetticher avec la star vieillissante quelques années plus tard.
Début 1870, quelques années seulement après la fin de la guerre de Sécession, le Texas reste l'un des deux seuls états du Sud (avec la Géorgie) à n'avoir pas encore réintégré l'Union. Placé sous l'administration de l'armée, il est la proie des carpetbaggers nordistes et des scalawags sudistes. Par le biais de fortes hausses d'impôts, ces profiteurs ne cessent de s'enrichir aux dépens des locaux, obligés de vendre terres et biens à bas prix. Le capitaine David Porter, qui fut l'un des rares Texans à se battre dans les rangs de l'Union, est chargé de maintenir l'ordre dans la région, mais voit d'un très mauvais œil ses compatriotes et amis se faire spolier en toute légalité. Sa fidélité est remise en question lorsqu'il est chargé de capturer Ben Westman, une sorte de Robin des Bois du coin qui ne cesse de dérober les chargements de coton que l'entrepreneur nordiste Balfour s'approprie avec la complicité du fonctionnaire corrumpu Standish. Pris en étau entre son devoir de militaire et ses sentiments personnels, Porter est également confronté à la concurrence de son nouveau second, le capitaine Hodges, un arrogant officier de Washington qui a des vues sur sa femme Norah...
Il y a un peu de tout dans ce western - fusillades, traque, chevauchées, assassinat, bagarres, espionnage, désobéissance aux ordres - qui se laisse regarder avec grand plaisir. La question centrale, celle de la loyauté (à une loi ou à des convictions ?), est très bien traitée grâce à un Randolph Scott à son meilleur niveau et à des seconds rôles bien écrits. La réalisation est dynamique, et si le film manque de grandes scènes spectaculaires, André de Toth et ce bon vieux Randy démontrent une fois de plus que série B ne rime pas forcément avec médiocrité.