Sans excès, que ce soit dans le budget, le scénario ou la mise en scène, Martin Scorsese prouve, s’il le fallait encore, qu’il est l’un des plus grands cinéastes de tous les temps.


Dans un film qui se présente comme une comédie, et dont le héros prétend être un humoriste de one-man show, Scorsese détourne avec grâce et intelligence les codes du genre. Il renverse la représentation attendue du protagoniste pour bâtir un film glauque, où les situations sont plus dramatiques que comiques et les personnages plus pathétiques qu’attachants.


Que ce soit au restaurant, où Pupkin — dont le nom, proche de pumpkin (« citrouille » en anglais), l’inscrit d’emblée dans le ridicule — ne parvient jamais à faire rire sa partenaire (qui, elle, réussit quelques bonnes répliques), face à la figure tutélaire de l’humour télévisuel (c’est-à-dire Jerry Lewis en personne), auprès de qui il s’empêtre maladroitement, ou encore chez lui, lorsqu’il s’imagine en haut de l’affiche et qu’un montage brillant le ramène brutalement à la réalité par la voix de sa mère, on rit peu. Ou plutôt, on rit paradoxalement de son incapacité fondamentale à faire rire.


Nonobstant le ridicule dont il ne peut se départir — à l’image de ses costumes incohérents ou de sa moustache ingrate — Pupkin finit pourtant par devenir touchant. Son rêve de grandeur à l’américaine (souvent moteur narratif chez Scorsese), auquel il a la sotte prétention d’accéder, le rend humain dans sa caricature d’admirateur obsessionnel, au bord de la folie, prêt à tout pour réussir, quitte à enfreindre la loi.


Surtout dans la dernière partie du film, lorsque Scorsese révèle ce que d’ingénieuses ellipses avaient jusque-là dissimulé et que Pupkin obtient enfin son moment d’antenne : le film prend alors un tournant décisif. La critique ne vise plus seulement les fans dangereux et avides d’une gloire superficielle et fugace ; elle se retourne contre un système médiatique fermé et autocentré, dont l’accès semble impossible sans geste spectaculaire. Le rire devient alors grinçant, presque dérangeant.


En définitive, La Valse des pantins est moins une comédie qu’une autopsie du rêve américain médiatisé. Scorsese y dissèque l’obsession de la célébrité, la confusion entre reconnaissance et notoriété, et l’illusion selon laquelle la visibilité vaut réussite. Film inconfortable, parfois glaçant, il annonce avec une lucidité troublante notre époque fascinée par l’exposition de soi. Derrière le grotesque de Pupkin se cache une question plus vaste : jusqu’où sommes-nous prêts à aller pour être vus — et, surtout, pour exister ?

Marlon_B
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le 13 févr. 2026

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Marlon_B

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