Rollin inaugure sa bonne période (de 70 à 75) avec ce La Vampire Nue qui définira le meilleur de son style, entre surréalisme fauché, morbidité sensuelle et gothisme néoclassique.
Tout commence dans un silence orné de quelques insertions de musique expérimentale tendance free jazz, dans l'élégance feutrée d'un hôtel particulier de l'île Saint-Louis. La nuit règne et ne lâchera jamais son emprise sur le récit ce qui pourra sembler assez normal lorsqu'on a pour intention de raconter une histoire de vampires. Une histoire de vampires s'inscrivant ici à la fois dans un contexte romantique et moderne, dans une sorte d'espace-temps atypique où cette toute fin des années 60 avec ses robes métalliques à la Paco Rabanne paraît parfois emprunter à la distinction des siècles passés quand, par exemple, la buveuse de sang autour de laquelle se noue l'intrigue ressemble bien plus à une nymphe fragile et voluptueuse qu'à une morte-vivante aux canines acérées. Parce qu'évidemment, Rollin manifeste un intérêt certain pour le macabre éthéré, les transparences ou les formes girondes qu'il ne se contente d'ailleurs pas forcément de suggérer.
Très vite, le spectateur aura également le plaisir de faire la connaissance d'une secte dite "de suicidaires" appréciant cependant encore quelques petits plaisirs simples de la vie comme les soirées privées costumées dans de belles demeures isolées, autant dire une secte de joyeux lurons cherchant en fait secrètement la formule de l'immortalité ou l'avènement d'une nouvelle humanité. Toutefois, aucune trace de morsure à attendre dans ce contexte, le sang se buvant ici à la coupe à la façon d'un divin nectar que l'on apprécie sentir s'écouler au fond de sa gorge sans avidité. Car malgré de gros défauts (le jeu amateur des acteurs, les dialogues empruntés...), Rollin sait montrer une certaine tenue et, pour dévoiler ses mystères, choisit la prestance des châteaux éclairés aux flambeaux ou des cimetières prêts à se réveiller de leur repos.
Cependant, en dépit d'une scène de danse sur rythmes tribaux, Rollin ne réussit pas à emballer un récit statique passant souvent pour une banale succession de tableaux faiblement reliés par un scénario malingre. La lenteur de sa narration et l'inertie de sa mise en scène contribuent à une forme de solennité peu élaborée et sans grandeur, pas encore à la hauteur des rêveries égarées de son réalisateur qui s'en approchera un peu mieux un peu après avec Le Frisson des Vampires ou La Rose de Fer notamment. C'est en tout cas ce que me rappelle ma mémoire et j'espère qu'elle ne me trompe pas, que la redécouverte prochaine de ces œuvres ne se conclura pas sur le même léger goût de souvenir déçu qu'après avoir enfin revu ce La Vampire Nue.