Jonathan Glazer s'est lancé un sacré défi en adaptant un tel roman, en traitant un tel sujet. A mon sens, il n'a pas réussi. Non pas que ses choix (bande son, manière de suggérer ou de dire la proximité de l'horreur) ne soient pas pertinents. Même s'ils me gênent parfois, je n'aurais aucune idée à proposer pour faire mieux. Le vrai problème est qu'il m'a semblé à chaque image, regarder un réalisateur qui a réfléchi au moindre détail et me montre ses choix, au point d'oublier que je regarde un film. J'ai observé tout du long un réalisateur en train d'essayer de faire un film. Aucun personnage n'est venu me prendre pour m'emmener dans son histoire, aucun lieu, pas même la caméra, lourde dans ses plans, dans ses cadrages trop réfléchis. Je suis resté dans mon fauteuil que je n'ai pas oublié un seul instant même lorsque j'ai regardé, avec admiration cette fois, la scène pas tout à fait finale hélas, du ménage dans le lieu de mémoire. Cette idée m'a semblé absolument géniale et j'imagine que Jonathan Glazer a du s'écrier "Eureka". Et là oui, on a vraiment une vraie idée de cinéma même si je retour à Rudolf Höss dans ses escaliers nous ramène inutilement à une scène que je trouve en revanche lourde mais sans avoir mieux à proposer parce que je comprends bien que Glazer a ressenti la nécessité d'exprimer la vérité d'une horreur qui incapable de toucher le cerveau et la sensibilité du bourreau, bon époux et bon père de famille, s'exprimerait ainsi physiologiquement. J'ai lu que certains voyaient dans la scène du ménage dans le lieu de mémoire, une allusion à notre devoir de mémoire. Il me semble au contraire qu'elle interroge la capacité du lieu de mémoire à la faire vivre. Et quelle évidence dans les images de ces femmes qui passent le chiffon machinalement sur les vitres qui renferment l'horreur, avec la même indifférence que si elles le faisaient dans un Formule 1, juste pour gagner leur vie et parce que ces vitrines font partie de la banalité de leur quotidien comme la proximité du camp n'affectait pas le quotidien de la famille Höss. Et là oui, l'image et venue me chercher, m'interroger. Aller une fois, deux fois dans sa vie à Aushwitz pour se souvenir de l'horreur conjure-t-il l'oubli puisqu'il faudra revenir à notre quotidien alors que rien ne nous fera vivre ce qui a été vécu. Et cette idée banale et évidente est gênante de penser que nous aussi, nous aurons entrevu l'horreur d'Aushwitz et nous continuerons à vivre forcément notre petite vie, sans y penser, et heureusement, pour revenir à notre quotidien. Merci pour cette belle idée Mr Glazer et désolé que votre film soit, à mon sens, râté.