Un film culte revu en 2026, qui s’est bonifié avec le temps. Tout y est dans ce long hommage au peuple Rom, dans cette fresque néo historique retraçant le grand voyage depuis l’origine de ce peuple Rom, Gitan, Gypsy , il y a entre 1500 et 2000 ans.
Tout démarre dans l’Inde ancestrale, ici une tribu du Rajasthan, même si les technologies modernes ( ADN , Génome) tendent à prouver que l’origine du peuple Rom serait plutôt vers des tribus basées plus au sud l’ Inde .
Mais Tony Gatlif trouve cette tribu de Kalbelia , qui existe encore, et qui nous permet d’imaginer ce que furent les origines gitanes en montrant les traditions oubliées : la préparation de la jeune mariée, de ses bijoux , les danses, les chants de jeunes garçons a capella ; la fête des noces sous un arbre rempli de bougie, comme une offrande aux dieux . Beaucoup de poésie, puis des travelling latéraux , très pro , posés , magistraux, superbes.
Puis c’est le premier départ, la route, les chevaux, des étapes en Egypte, en Perse , en Turquie , incroyable séquence à Istamboul avec un montreur d’ours , de rue, comme il y en avait au Moyen- âge (témoignage ethnologique) . Puis probablement vers la fin de l’empire romain, l’entrée en Europe par les Balkans , la Roumanie , très belle scène de Roms, vendeurs de chevaux, là aussi accompagnés de magnifiques travelling. Passage par la Hongrie, puis bien sûr l’évocation du pogrom de la 2eme guerre mondial, la déportation pour beaucoup de gitans, et une magnifique chanson « Auswitch » en Rom , d’une émotion intense, chanson , crée par une déportée Rom , à l’époque, reprise, chantée et réactualisée, par une ex déportée.
Puis passage par la sud de la France, le jazz manouche, les Saintes Marie de la Mer, et le pèlerinage de la vierge noire .
Pour finir en en Andalousie, terre d’encrage pour ces nomades qui finiront leur voyage dans cette province, en fusionnant leur musique avec le son arabo-andalou, pour créer le flamenco . Très belle chanson d’allégresse ( Bulerias ), d’une famille réunie dans la rue , typique du Séville de Triana, suivi pour un « cante jondo » final, très noir, une chanson écrite par Tony Gatlif lui-même « l’Oiseau noir » chanté par la « Caita » , chanteuse flamenca mythique, mais très secrète, de Badajoz .
La sélection des musiques faite par Tony Gatlif est exceptionnelle, tout a du sens , et possède en même temps un charme envoutant. La réalisation est très belle, riche, parfois luxuriante, pleine de poésie, bien loin du documentaire. On est vraiment dans un style très poétique .
Oui Tony Gtalif réussi un exercice exceptionnel : témoignage unique et foisonnant .