Le film est magnifique en terme de d'image, de photographie, je repense à ce merveilleux noir et blanc, ces jeux d'ombres et de lumières classiques mais très généreux, c'est d'une réalisation millimétrée, rien n'est laissé au hasard dans le cadre, dans les plans mais j'ai trouvé quand même que ça manquait de folie bien que l'on retrouve par moment l'ambiance d'un film de Hitchcock.
Ce qui m'a le plus dérangé c'est le scénario car ATTENTION SPOIL Laura ne meurt pas, elle revient comme une fleur dans l'intrigue, ce qui laisse place à une enquête des plus quelconque. De même je pensais que c'était un film sur l'obsession, la fascination, celle d'un homme qui est tombé amoureux d'une femme forte, énigmatique, après sa mort, mais il n'en est rien, Laura est toute mignonne et évidemment elle tombe follement amoureuse de l'enquêteur au premier regard. Concernant le personnage de l'inspecteur, je n'ai pas ressenti son obsession, alors qu'il aurait pu en faire quelque chose de grandiose notamment au niveau de la mise en scène avec ce portrait réaliste géant qui aurait pu hanter ses rêves...
J'aurais compris si le retour de Laura n'avait été qu'un fantasme, montrant que le flic bascule totalement dans la folie, mais non, apparemment tout est bien réel, Laura n'est pas morte, elle était en week-end. De plus la personnalité de Laura est vraiment des plus sages, je l'aurais voulu plus sulfureuse, vénéneuse, manipulatrice...là c'est d'un lisse, elle est parfaite, c'est une femme parfaite qui réussi tout ce qu'elle entreprend car elle est parfaite (et admiré de tous), elle est intelligente, elle a de l'instinct, elle est droite, et elle est belle, et elle tombe amoureux du premier flic un peu viril qu'elle croise...dommage.
Tout est extrêmement sage, bien fait, bien exécuté mais sage, d'un classicisme sans non. Alors ok on est en 1944, mais j'imagine qu'il y a des films bien plus ambitieux qui sont déjà sortis dans les années 30, au début du parlant (même avant ça), notamment dans les films noirs. L'enquête est des plus téléphonée, c'est agréable à regarde mais bien trop prévisible.
Je rehausse la note pour les personnages qui sont assez attachants, notamment Waldo le critique cynique, sorte de dandy désabusé, ou le personnage incarné par Vincent Price même si ce dernier joue excusez l'expression le "con-con de service" surtout dans le dénouement. Et le flic, il a une gueule, il fume clope sur clope, il joue à sa petite boîte de baseball qui semble un prémisse du Gameboy, mais au delà de ça, il manque de folie, de complexité. Son histoire avec Laura est mièvre au possible et c'est pas juste le fait qu'il dort chez elle qui peut nous convaincre que le gars est obsédé, j'aurais voulu des gros plans sur son visage transit, un jeu de regard avec le tableau, le tableau aurait dû jouer un bien plus grand rôle dans l'intrigue et surtout, surtout Laura aurait dû être morte (et enterrée). Quant à la musique, autant j'adorais le thème quand je n'avais pas encore vu le film car il m'inspirait tout ce que le film n'est pas vraiment (énigmatique, vaporeux, tragique bien qu'un peu pompeux) mais là il commence par me sortir par les trous de nez.
Donc voilà Laura, c'est assez moyen, à part quelques dialogues bien écrits, une réalisation propre et des personnages, pour la moitié, attachants. Disons que vous passerez un bon moment mais si vous êtes habitués aux films noirs avec un scénario un peu chiadé, il y a des chances que vous restiez sur votre faim.
Et pour le magnétisme de Gene Tierney, oui, elle est belle, elle joue bien, et c'est à peu près tout.