Ettore Scola est le réalisateur de la nostalgie. Que ce soit Nous nous sommes tant aimés !, La Terrasse, La Famille, ou même Une journée particulière, le réalisateur italien se passionne pour le temps qui passe, l'Histoire traversée par les récits d’hommes modestes, raconté sur un ton doux-amer, propre à la comédie-italienne, dont Ettore en est un des fondateurs. Le Bal, réalisé en 1983 dans un paysage cinématographique où les films italiens ont perdu de leur superbe, est un véritable O.V.N.I, un objet filmique unique, pourtant très cohérent avec le reste de l'œuvre du cinéaste. En retraçant les cinquante années d'une petite salle de balle à Paris, Ettore Scola réussit dans un temps condensé à traverser les évènements les plus importants de l'histoire française et musicale de la première moitié du XXème siècle. Mais si Le Bal est un film si touchant et unique, c'est qu'il réussit à renouer avec les origines, l'essence du cinéma, en proposant un spectacle sans dialogue, simplement rythmé par la musique. La bande-originale du film, dirigé par Vladimir Cosma est un des grands points forts du films, mêlant grands succès populaires réarrangées et un thème original bouleversant, qu’une trompette désespérée fait résonner tout au long du récit. On sourit, on s'attache à ses personnages tous plus pathétique les uns des autres, ressemblant à des marionnettes un peu usées, mais qui ont tous leurs petites histoires et leurs petites parts d'humanité. Les musiques sont un peu vielles, ringardes ? La salle de bal poussiéreuse, livide ? C'est cette capacité à émouvoir et à parler du temps qui passe qui fait le charme du Le Bal, chant du cygne de toute une époque, un adieu à la comédie à l'italienne. Une œuvre à laquelle on peut évidemment reprocher son côté "film-concept", peut-être sa répétitivité dans la forme, qui l’empêche d’atteindre la qualité de Nous nous sommes tant aimés ! ou d’ Une journée particulière. Le Bal demeure un long-métrage majeur de Scola, peut-être son dernier.
Un film finalement touchant, sincère, qui a peut-être un peu vieilli, mais qui reste une belle œuvre sur le sentiment nostalgique et le temps qui passe.