Un jeune couple se promène dans un paysage méditerranéen, puis mendie en chantant une chanson... La maladie de la mère de Kenneth provoque le retour brusqué du jeune homme en Angleterre, et la séparation du couple...
Angela Schanelec filme par grands plans fixes, en format presque carré, servie par la maestria de son chef opérateur, Reinhold Vorschneider. Le babillage est proscrit, tout comme les paroles qui meublent. La majeure partie des scènes se déroule ainsi dans un silence hermétique, d'où sont même souvent chassés, également, les bruits ambiants, par divers artifices (vitre qui sépare, distance...). Le pari pourrait sembler intéressant, mais son application systématique fige la narration et, associé au resserrement du cadre, il semble prendre la narration dans les glaces.
Le deuxième temps du scénario, entourant la mort de la mère et les retrouvailles avec un père lointain, survit à ce traitement, dont l'aridité peut convenir au sujet. Mais lorsque le récit s'oriente vers un autre couple, que l'absence presque complète de dialogues ne permet ni d'identifier ni de cerner, le spectateur, malgré son goût de l'aventure et de l'insolite, risque de se lasser du jeu...
Les personnages semblent très tristes, tombent au sol les uns après les autres, tout comme divers objets, qui ne manquent alors pas de se briser... On retrouve, tandis qu'on n'y croyait plus, les visages du premier couple, mais qui se frôlent sans s'accrocher... Cela fait longtemps que le spectateur, quant à lui, a dévissé.
Et quand le brillant chef opérateur, opportunément et courageusement présent à cette projection, tente, du bout des lèvres, une défense de la réalisatrice, et explique à celui qui le questionne sur la teneur du récit qu'Angela Schanelec ne croit pas à la possibilité d'une survie du couple, on n'a, en effet, que l'envie de prendre ses jambes à son cou pour fuir le plus loin possible d'un univers aussi irrespirable.