Quatorze ans après "Le Père de la mariée" et sa suite, Vincente Minnelli retrouve Elizabeth Taylor, cette fois non pas pour comédie mais un mélodrame romantique. En effet, on a tout ici de la tragédie Shakespearienne romanesque avec deux amants dont l'amour est entravé par la société, l'entourage ou les lois. Bon alors bien-sûr, on est, dans le fond, quand même plus proche du roman de gare que de Shakespeare, ce qui avait d'ailleurs suscité les plus grosses critiques de l'époque. Effectivement, ce film n'a pas été trop apprécié lors de sa sortie, jugé trop gentillet, naïf et que trop crédible.
Et il est vrai qu'il est difficile d'imaginer le personnage d'Elizabeth Taylor en beatnik dans une (très belle) cabane au bord de la mer alors qu'elle passe toutes ses journées dans des fringues assez classes. On a en fait la parfaite représentation d'une bobo avant l'heure ! Mais bref, cette bobo a un fils qui est envoyé de force dans une école catholique et si les deux y sont fortement réticents, Laura, la mère, finira par s'amouracher du directeur, pasteur et marié. Tout de suite, ça rappelle un peu "Les Oiseaux se cachent pour mourir", pourtant sorti une décennie plus tard, et c'est vrai qu'on est un peu dans le même délire, surtout qu'encore une fois, l'histoire est par moments trop sucrée. Eh oui puisque chacun va aller contre ses valeurs pour s'approcher de l'autre et ainsi découvrir qu'une autre vie est possible en dehors de leurs croyances respectives, ainsi chacun réalisant un petit parcours initiatique grâce à cette relation. C'est un peu niais et prévisible mais d'un autre côté, on a quand même des personnages intéressants. Et en particulier Laura qui est quand même une femme forte et indépendante, élevant seule son fils avec ses propres valeurs, fuyant les hommes et décriant le mariage.
Et qui de mieux que Liz Taylor pour interpréter cette femme au caractère bien trempé ! D'autant plus qu'elle est accompagnée de son tout nouveau mari Richard Burton mais également de Eva Marie Saint, Charles Bronson et il y a même Sharon Tate qui traine là-bas derrière. Un casting cinq étoiles donc pour un film qui ne l'est pas mais qui parvient tout de même à nous bercer du début à la fin dans cette espèce d'ambiance onirique. Cette ambiance est notamment apportée par le sujet, assez feuilletonnant dans le style, et puis la réalisation qui étonne tant elle est réussie ! Elle délivre en effet de magnifiques plans très picturaux aux couleurs chaudes, à l'instar des tableaux de Laura.
Ainsi, si "Le Chevalier des sables" a certes un goût un peu trop prononcé de romans Harlequin, il reste malgré tout profondément sympathique et chaleureux.