Un an avant l’excellent Scarface, Hawks tourne Le Code Criminel, qui vivra dans son ombre.

À l’ombre justement croupissent les prisonniers, dans des cellules étroites où ils remâchent leur peine, sous un espoir tenu qui menace de céder sous la folie – jouer, se divertir pour ne pas y penser, comme le préconisait Pascal. Ces moments de solidarité carcérale et de désespoir donnent lieu aux meilleures scènes du film, tant grâce au splendide clair-obscur qu’à la profondeur psychologique voire philosophique du portrait. De même, Hawks ouvre une réflexion pertinente sur l’arbitraire, le jugement et la justice, principalement à travers le personnage du procureur Mark Brady, mais aussi des prisonniers dont chacun rêve au fond de rétablir l’équilibre, en punissant le punisseur, en vengeant une injustice ou en tuant une balance. Le personnage de Ned Galloway, le barbier, (campé Boris Karloff qui jouera le monstre de Frankenstein, certainement grâce à sa prestation dans Le Code Criminel) glaçant à souhait avec son rasoir affûté et sa hargne bien trempée, incarne ce besoin de justice du pauvre et de l’impuissant : la vengeance - alors que la Loi, elle, réside du côté des dominants qui l’appliquent parfois plus par devoir que par conviction.

Cependant, tout n’est pas aussi recherché ailleurs dans le film. L’action souffre de nombreuses invraisemblances, comme la suicidaire descente du directeur de prison au milieu de la cours parmi des captifs révoltés, l’amitié de celui-ci avec de patibulaires reclus, l’improbable acquiescement du père face à la demande de sa fille, pour ne citer que celles-ci. L’histoire d’amour est cousue de fil blanc et n’a de raison d’être que commerciale. L’assassinat est d’une assez ridicule théâtralité. Les dialogues sont parfois redondants et le rythme lors de l’enquête assoupissant.

Quoiqu’il en soit, Le Code Criminel apporte un regard critique sur la prison et ses effets dévastateurs, sur une Justice parfois aveugle, proposant ainsi un traitement plus humain du prisonnier.

Marlon_B
7
Écrit par

Créée

le 31 juil. 2024

Critique lue 21 fois

Marlon_B

Écrit par

Critique lue 21 fois

D'autres avis sur Le Code criminel

Le Code criminel

Le Code criminel

8

Cinephile-doux

le 31 juil. 2019

Suivre

Dans l'enceinte de la prison

Un an avant Scarface, Hawks fait déjà très fort avec cette adaptation d'une pièce de théâtre. Ce quasi huis-clos, dans l'enceinte d'une prison, à la trame simple, devient sous sa caméra un drame...

Le Code criminel

Le Code criminel

7

Marlon_B

le 31 juil. 2024

Suivre

Rétablir l'équilibre

Un an avant l’excellent Scarface, Hawks tourne Le Code Criminel, qui vivra dans son ombre.À l’ombre justement croupissent les prisonniers, dans des cellules étroites où ils remâchent leur peine, sous...

Le Code criminel

Le Code criminel

5

AlexandreAgnes

le 21 juin 2016

Suivre

Critique de Le Code criminel par Alex

Le code criminel pose efficacement son ambiance de film noir et s'attache aussi bien à montrer comment la prison change les hommes qu'à souligner les contradictions morales du système...

Du même critique

Call Me by Your Name

Call Me by Your Name

5

Marlon_B

le 17 janv. 2018

Suivre

Statue grecque bipède

Reconnaissons d'abord le mérite de Luca Guadagnino qui réussit à créer une ambiance - ce qui n'est pas aussi aisé qu'il ne le paraît - faite de nonchalance estivale, de moiteur sensuelle des corps et...

Lady Bird

Lady Bird

5

Marlon_B

le 18 janv. 2018

Suivre

Girly, cheesy mais indie

Comédie romantique de ciné indé, au ton décalé, assez girly, un peu cheesy, pour grands enfants plutôt que pour adultes, bien américaine, séduisante grâce à ses acteurs (Saoirse Ronan est très...

The Plague

The Plague

4

Marlon_B

le 12 févr. 2026

Suivre

Un mal désincarné

Film parabole sur le mal-être des garçons adolescents, The Plague parvient à déconstruire avec justesse les mécanismes de harcèlement, de domination et de discrimination dans un cadre froid, presque...