Où l'on apprend qu'il n'est pas nécessaire de l'avoir répété pour jouer un concerto de Tchaïkovski.

Ecrire une critique négative devrait sembler plus facile qu'en écrire une appréciative. Or ce n'est pas le cas. Je ne suis pas plus capable d'énumérer les moins que les plus. Ce film m'a agacé, je ne m'en remets pas. Tout y est grossier, les personnages comme les situations, caricaturales.

En vrac : les Russes n'arrivent en France que pour fuir leur pays quand d'une part il est beaucoup plus facile d'en partir aujourd'hui qu'il y a trente ans, quand d'autre part, étant au Bolchoï, trente ans plus tôt, ils n'en avaient pas profité pour le faire alors que cela devait leur être beaucoup plus facile à eux qui tournaient qu'à d'autres, et d'autant plus nécessaire. On peine à s'attacher à la rédemption du personnage principal qui ne cesse d'osciller entre désir de revanche et culpabilité flagellatoire. En France, on semble trouver du travail en une journée, lendemain de cuite de surcroît. Enfin jouer de la musique n'est pas un sacerdoce, il suffit de bonne volonté et d'instruments. On comprend dès lors que l'hurluberlu hanté par Tchaïkovski passe pour un fou. D'ailleurs la musique n'est qu'un moyen très lucratif, il suffit à la fin de voir les personnages à l'aéroport, sourires et tenues de pop-star : on a réussi comme on est parvenu. Ah ! Et puis l'avidité de partout, les mains tendues ; malgré toutes les invraisemblances, on aura tenu à détailler précisément les obstacles financiers, les coûts, à montrer combien la musique s'avilit dans les mesquineries comme le film dans la bouffonnerie... Seuls le chef d'orchestre et son ami paraissent motivés par l'intérêt supérieur de la musique. C'est que ce sont des fous.
Je passerai rapidement sur l'apparatchik soviétique profitant de son passage à Paris pour aller faire un discours rue du Colonel Fabien, où l'attendent en vain, une vingtaine de communistes plein d'espoir, banderoles soviétiques déployées, dernier bastion d'une idéologie moribonde. Qui croit encore à ça ? Qui se fait encore cette image du PCF ?
Apparatchik qui, laissant tomber ses camarades, finit par pousser un cri devant la réalité du concert, adressé à Dieu : « tu existes ». Le matérialisme marxiste tient à peu de choses.
Parlant de politique, cette merveilleuse réflexion du chef d'orchestre, qui, en substance, voit dans l'orchestre la seule réalisation possible du communisme, pour un instant, pour un instant seulement. On est au niveau des brèves de comptoirs, là !

Ils te collent là-dessus une histoire qui semble tellement artificielle, et, chose curieuse, tout le romanesque à en tirer est complètement anéanti par la nécessité de suspense : c'est à la dernière scène qu'on apprend ce qu'on avait deviné déjà ; au moment du concert, du succès, la vérité ajourne. Magnifique ! Qui était encore disponible ?

Que reste-t-il par exemple, après avoir dénoncé l'illusion de l'idéologie et la vanité de l'art, la musique en l'occurrence ? L'argent !
Si encore ce petit monsieur de réalisateur semblait conscient de sa méchanceté mais on est loin, très loin de Scola, par exemple.
Il a l'air très content de soi, il a fait un joli film, avec de la jolie musique.


reno
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le 23 janv. 2011

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