Aujourd’hui, retour sur un vieux film, un film de 1977 dont j’entends parler depuis des années sans jamais avoir réussi à le regarder : on ne trouvait pas de DVD, pas de Blu-ray, rien.

Pourtant ce n’est pas un truc inconnu. Ça vient d’un grand réalisateur, c’est un film culte, et c’est un remake d’un film culte.Aujourd’hui, je vais vous parler de Sorcerer, le film de William Friedkin, qui est donc le remake du film français Le Salaire de la Peur.


Que j’ai vu par contre, même si j’en ai peu de souvenirs parce qu’il est encore plus vieux et que je ne l’ai vu qu’une seule fois, il y a très longtemps.Donc ici, ça ne va pas être une question de comparaison. Je vais juste parler du film en lui-même.Pour commencer, de quoi ça parle ?


On suit deux personnages qui ont tous les deux des noms fictifs que je n’ai absolument pas retenus, pour tout vous dire, parce qu’ils ne les utilisent quasiment que deux fois dans le film.

Il y a un New-Yorkais qui fuit la mafia italienne après avoir cambriolé une église et être responsable d’un accident qui a tué tous ses complices. Et on suit un entrepreneur français (en tout cas quelqu’un qui voit sa boîte faire faillite) et qui doit fuir le pays pour ne pas être arrêté. C’est pas très clair à ce niveau-là.Ces deux personnages vont donc se retrouver dans la même petite bourgade paumée au milieu de la Colombie. Cette bourgade est en fait une sorte de ville de travailleurs qui n’existe que pour entretenir et travailler dans les gisements de pétrole à proximité.


Un jour, un de ces gisements a un accident, et ils doivent acheminer six caisses de TNT en très mauvais état sur plus de 300 km à travers la jungle.Postulat simple : des personnages dans une situation extrêmement périlleuse qui doivent aller d’un point A à un point B, sauf que chaque mouvement peut provoquer la mort.Pour tout avouer, j’avais une grosse attente pour ce film et j’ai été un peu déçu. Je m’attendais à autre chose. Je m’attendais plus à un film style survival, alors que c’est plus une critique sociale et un drame social.


Au vu du réalisateur, ça ne devrait pas m’étonner, parce que concrètement c’est à peu près tout ce qu’il a fait tout au long de sa carrière.

C’est la même façon que j’ai été déçu par French Connection : je m’attendais à un film policier ou un polar hardboiled et j’ai eu juste un drame social sur le New York de ces années-là.


Eh bien concrètement, c’est à peu près le même postulat ici. Ce n’est pas tant le récit de deux convoyeurs qui vont devoir franchir des obstacles dans un camion rempli de TNT, mais plus un constat social de ce qu’était la Colombie à cette époque-là (je crois que le film se passe à la fin des années 60).

Il y avait bien une mention d’un changement de régime, mais je ne connais pas le contexte politique et social de l’époque, et le film reste très vague là-dessus.Mais en substance, on voit des gens qui n’ont rien d’autre que ce gisement de pétrole, des gens paumés, des gens qui sont là pour se cacher, qui fuient leur passé ou qui ont juste besoin d’argent. On voit aussi tout le contexte des travailleurs de l’époque, avec les accidents que ça implique, et comment l’armée tente de réprimer une sorte de contestation sociale.


Même si tout ça reste en fond et que les personnages n’y participent pas, parce qu’ils sont étrangers à ça (littéralement étrangers).C’est tout ce qui drive le film. Il faut bien se dire que le début du convoi commence à 60 % du film.

On a une immense exposition qui présente les personnages avec une immense exposition sur qui ils sont, et paradoxalement on n’en apprend pas grand-chose : on apprend juste le contexte de leur départ.

Ensuite, on a toute une phase dans cette ville de travailleurs où on voit le quotidien des gens à travers le regard de ces deux personnages.


Et enfin, on arrive au cœur du film : cette traversée de 300 km sous haute tension.Et bien tendu, vous me connaissez avec le temps : c’est cette partie-là que j’ai kiffée. Parce que moi, toute la partie sociale, tout ça, ça m’a un peu fait l’effet de Voyage au bout de l’enfer. C’est bien gentil de nous présenter tout le contexte social autour du truc, mais au bout d’un moment, abrège.

Personnellement, je n’avais pas besoin de savoir tout ça pour être impliqué dans le parcours des personnages, parce que le concept même est suffisamment fort.Pour vous dire, la première embûche, c’est juste traverser un pont en flanc de colline. Tu vois bien que ça a l’air fragile tout ça, mais la mise en scène et la tension te prennent déjà aux tripes. Une simple roue qui s’enfonce à cause d’une bûche moisie et tu as déjà le cœur qui bat à 300 à l’heure.Et puis il y a la fameuse scène culte du pont. Si vous voulez savoir de quoi je parle, tapez Sorcerer sur Google et la première scène que vous verrez, ce sera celle-là. Une espèce de pont fait de bric et de broc, de cordes et de planches complètement pourries qui tangue au-dessus d’une rivière, avec les camions qui sont à deux doigts de tomber en permanence. Une pluie diluvienne, un vent pas possible.


Et quand tu vois la scène pour la première fois, tu te dis « ok c’est tendu bien comme il faut », et puis le camion passe et tu fais « ah bah finalement c’était pas si long que ça ». Sauf qu’il y a deux camions, et donc il y a deux fois la scène du pont. Et déjà la première fois c’était tendu, mais à la deuxième, il arrive à rajouter de la tension, du drame, et un événement aléatoire encore plus méchant.


Là, très clairement, en termes de pure tension, c’est une des scènes les plus viscérales que j’ai jamais vues. C’est pas pour rien que le film est connu pour cette scène, et quand tu es dedans, tu n’es vraiment pas déçu.Élément que j’aime bien et en même temps que je trouve un peu regrettable : les personnages ne sont pas si antagonistes que ça entre eux. Il y a des prises de bec, mais tu ne sens pas qu’ils sont prêts à tout pour que l’autre n’arrive pas. Alors peut-être que ça aurait rajouté de la tension là où il n’en avait pas besoin, mais pour moi j’aurais aimé cet aspect un peu fourbe.Concrètement ils sont quatre : les deux personnages principaux et leurs seconds. Et les quatre s’entraident.Par contre, élément que j’aime bien : le rapport à la mort. On est dans un film où d’entrée ils nous disent que sur les deux camions, il n’y a aucune chance que les deux arrivent entiers. Donc d’entrée, le film nous dit qu’il va y avoir des morts, au moins un équipage.


Et bien entendu, quand le film dit ça, c’est pas pour ne pas le faire. C’est un fusil de Tchekhov : c’est pour nous préparer. Et le réalisateur arrive bien à jouer avec ça. On sait qu’il va y avoir un mort ou plusieurs, mais on ne sait pas quand ni dans quelle situation.La mort d’un des deux équipages (celui du Français) arrive après un autre obstacle, dans un moment où ils étaient complètement en sécurité, où il n’y avait aucun danger. Ils roulaient tranquillement, ils parlaient de leur passé, le Français parlait de sa femme, une discussion banale… et puis un pneu explose, le camion dévie, tombe dans un ravin et boom.


C’est aussi surprenant et banal que ça. Et justement, je trouve que c’est extrêmement bien joué, parce qu’on sait que la majorité des incidents sur la route arrivent au moment où on est le moins concentré, au moment où on se sent le plus en sécurité.Après ça, l’équipage de l’Américain est pris dans une embuscade et son partenaire se fait tuer. Alors qu’ils avaient traversé l’enfer juste avant.

Et l’Américain, on ne le voit pas mourir, mais la dernière scène du film, le dernier plan, montre qu’il a été retrouvé par le fameux mafieux italien.Donc après tout ça, au final, la vraie symbolique de tous ces personnages, c’est qu’ils sont tous morts à cause d’un élément de leur passé.Le film a des airs de voyage de Dante.

Comme si les personnages descendaient en enfer et devaient survivre à chacune des épreuves. Et je trouve qu’en termes de mise en scène, il y a quelque chose qui va dans ce sens.Toute la scène où l’Américain transporte dans ses mains la boîte de TNT, il est totalement entouré de noir, on ne voit même plus le paysage, il y a juste une forme humaine qui se déplace dans l’ombre, comme une sorte de mort avant l’heure.


Malgré tout, j’ai passé un très bon moment devant parce que le film n’est jamais nul. Juste, je m’attendais à autre chose : je m’attendais à un film qui soit un survival et j’ai eu plus une critique sociale.Donc si ça vous branche et que vous arrivez à le trouver (si vous voulez un petit lien, vous pouvez me demander en commentaire, je vous le donnerai), eh bien tentez votre chance. C’est un grand réalisateur, le film est culte, c’est pas pour rien.


Merci d’avoir lu.



Maverick_D
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