Sorti en 1963 et réalisé par Louis Malle, Le Feu Follet est l'adaptation du roman du même nom de Pierre Drieu la Rochelle. Le film montre les dernières 48 heures d’un homme perdu et suicidaire, victime de l'alcoolisme et de la solitude. Une autre adaptation du roman sortira plus de cinquante ans plus tard, Oslo 31 août (2011) par le réalisateur norvégien Joachim Trier, qui en fera sa propre version, en transposant l'histoire à Oslo, de nos jours et en la modernisant, puisque le personnage principal n'est plus addict à l'alcool, mais à la cocaïne. Mais pour revenir au film qui nous intéresse ici, à savoir Le Feu Follet, ce n'est que le second film de Louis Malle que je découvre après Ascenseur pour l'échafaud (1958). Et chose amusante, on retrouve les deux mêmes acteurs têtes d'affiche dans les deux films, Maurice Ronet et Jeanne Moreau. On y retrouve également le même soin dans la mise en scène et dans le processus créatif de la BO.
Dans Le Feu follet, nous allons suivre les dernières 48 heures d'un homme, Alain Leroy (Maurice Ronet) qui s'apprête à quitter sa cure de désintoxication à Paris. Sa femme vit à New-York et on peut dire qu'ils sont en quelque sorte en voie de séparation. Selon le personnel médical, il est guéri de l'envie de boire, mais la réalité est tout autre. Alain sait que s'il sort, il va replonger et surtout, il se sait atteint d'un mal encore plus profond, ce mal qui fait qu'il ne ressent plus rien, ni joie ni peine. Ce vide intérieur a un nom, l’anesthésie émotionnelle. C'est pourquoi Alain prépare son suicide, mais avant cela, il va rendre visite à ses anciens amis de beuverie, histoire de le conforter dans sa décision d'en finir avec tout ça.
Alain va-t-il aller jusqu'au bout de son suicide ? Le film ne fait pas mystère du fait qu'il souhaite en finir et que rien ne pourra l'en empêcher. Alain se sent inutile, incapable de s'ouvrir au monde (dixit Alain, "Je ne peux pas toucher les choses") et revoir ses anciens amis ne fait que le conforter dans ses envie de suicide. C'est un homme qui ne veut pas grandir, un enfant enfermé dans un corps d'adulte. Ne cherchez pas une once de lumière, il n'y en a pas. Le film est très sombre, pessimiste et disons-le carrément, déprimant ... déprimant et poignant ! Nous sommes dans un contexte un peu bourgeois, à la Chabrol. Et tout comme pour Chabrol, la mise en scène de Louis Malle est millimétrée et il sait comment diriger ses acteurs pour obtenir ce qu'il veut.
Maurice Ronet va traverser le film comme un fantôme et il faut tout de suite saluer la performance d'acteur. Bien qu'il ait toujours été dans l'ombre d'Alain Delon, ça n'en reste pas moins un excellent acteur. Que ce soit en salaud magnifique chez Jacques Deray dans La Piscine (1969), en séducteur sans scrupule chez Claude Chabrol dans La Femme infidèle (1969), ou comme ici en dandy suicidaire, il est toujours formidable. Il a tourné avec les plus grands réalisateurs des années 50/60, mais c'est Louis Malle qui lui offrira ses deux meilleurs rôles avec Ascenseur pour l’échafaud et Le Feu follet. Et puis ,il y a Alexandra Stewart qui joue une ex-conquête de Maurice Ronet et elle est vraiment magnifique. Elle vous hypnotise avec son regard perçant et pénétrant.
Le Feu follet est un film qui fonctionne beaucoup sur les silences et sur des dialogues percutants, mais aussi sur sa BO avec des reprises au piano de thèmes bien connus composés par Erik Satie et ici réinterprétés par Claude Helffer. Cette musique lancinante et berçante, fonctionne très bien avec la noirceur et les thématiques développées dans le film. Bref, Le Feu follet est un drame bouleversant, authentique et humain qui, malgré sa lenteur, nous captive dans sa désespérance.