7
le 2 mai 2016
SuivreFormalisation des mots
Rare est de nos jours le cinéma français qui se permet tout. Qui ose jusqu'à l'inconcevable, jusqu'à dépasser les frontières du concevable. Le Fils de Joseph en est la beauté de l'exemple même. Une...
Contre les bobos qu'il déteste, Eugène Green signe un film résolument suranné. Pour apprécier Le fils de Joseph, il faut donc d'abord passer outre le parler artificiel qu'il impose à ses acteurs. Ceux-ci prononcent rigoureusement les liaisons les plus inusitées, ce qui écorche autant les oreilles que s'ils faisaient des liaisons ''mal-t-à-propos'' (les « C'était assez zéprouvant » et autres « J'ai une question n'à te poser » laissent quelque peu sceptiques). Il convient ensuite de ne pas être allergique à l'art religieux. En effet, délibérément à rebours de l'hystérie parisienne, le réalisateur prend le temps de s'intéresser aux détails (dans des plans très picturaux qui évoquent des natures mortes) et de contempler des œuvres d'art (Le sacrifice d'Isaac du Caravage, la Lamentation de la mère d'Euryale de Domenico Mazzocchi...). D'autre part, le film est découpé en cinq chapitres qui sont autant de paraboles bibliques qui questionnent la filiation à travers l'histoire de Marie, qui a donné naissance à Vincent contre le désir de son géniteur. Une suite de hasards amène l'enfant devenu adolescent à rencontrer son père et son oncle biologiques. Les deux hommes sont des archétypes antithétiques. Le premier est une figure méphistophélique, nécrosé par un narcissisme et un cynisme avancés, tandis que le second est un terrien dépourvu d'orgueil, bon apôtre qui va initier Vincent à la spiritualité et ainsi prendre la place du père qu'il n'a jamais eu. Cette rencontre transformante entre Vincent et Joseph, occasion d'une seconde naissance pour tous les deux, est vraiment touchante. Ce qui s'y joue est joliment exprimé par l'un de leurs dialogues métaphysiques : « Mais Joseph n'est pas le père de Jésus... – Si, c'est par son fils qu'il est devenu père ». On pourra trouver le tout caricatural et dégoulinant de bondieuseries. A moins de se laisser attendrir par l'appel que lance Eugène Green à résister à la superficialité contemporaine, et de savourer l'érudition de son film, truffé de références religieuses et d'humour littéraire.
Créée
le 22 juil. 2019
Critique lue 190 fois
7
le 2 mai 2016
SuivreRare est de nos jours le cinéma français qui se permet tout. Qui ose jusqu'à l'inconcevable, jusqu'à dépasser les frontières du concevable. Le Fils de Joseph en est la beauté de l'exemple même. Une...
9
le 26 avr. 2016
SuivreContent d'avoir des nouvelles de Green si rapidement après La Sapienza; la distribution du film lui a sans doute permis d'avoir des financements nécessaires. Au vue de la bande annonce, j'avais un...
3
le 2 sept. 2016
SuivreLa diction insupportable des acteurs m'a tout de suite fait penser à un autre film qui a pourtant eu un certain succès : Le Havre, d'Aki Kaurismäki. Bien que Kaurismäki ne raconte pas dans Le Havre...
7
le 7 mai 2021
SuivreThomas (Tim Kalkhof), pâtissier résidant à Berlin, s’éprend d’Oren (Roy Miller), un homme marié vivant avec femme et fils à Jérusalem, lors du passage de celui-ci dans la capitale allemande pour une...
7
le 24 avr. 2020
SuivreAprès avoir rassemblé les deux premiers court-métrages des aventures de Wallace & Gromit dans Les inventuriers, le distributeur Folimage nous propose cette fois-ci de (re)découvrir le troisième...
8
le 23 mai 2020
SuivreA voix haute ne se raconte pas. Il se vit. Si le documentaire est à ce point une expérience viscérale, c’est qu’avant de terminer en point d’orgue sur les médusantes performances des candidats lors...
SensCritique dans votre poche.
Téléchargez l’app SensCritique.
Explorez. Vibrez. Partagez.



À proposNotre application mobile Notre extensionAideNous contacterEmploiL'éditoCGUAmazonSOTA
© 2026 SensCritique
Thème