Curieusement, le poliziottesco ne s’est pas beaucoup penché sur la question des enlèvements, action pourtant essentielle dans les rouages des « années de plomb ». C’est donc la première bonne nouvelle avec ce sujet particulièrement sensible qui met policiers, juges, politiques et familles concernées autour de la table pour débattre. Faut-il payer et encourager ainsi les criminels à poursuivre leurs méfaits ou est-il préférable de ne pas répondre à leurs exactions et risquer ainsi de perdre des vies innocentes ? Le film a cette intelligence de présenter tous les points de vue possibles avec des représentants de chaque sensibilité et cela dans des circonstances tout à fait différentes. En cela, le film se présente comme un docu-fiction plutôt habile qui cerne bien la complexité du sujet. De ce fait, il a tendance à s’éloigner des rendez-vous traditionnels du genre. L’ensemble se rapproche ainsi davantage du drame que du polar pur, l’action étant d’ailleurs reléguée au deuxième voire au troisième rang. Robert Infanscelli se concentre sur ses personnages et sur l’enquête générale propre à ces enlèvements.


Pour atteindre son objectif, il lui fallait des interprètes de premier ordre. Le choix d’Enrico Maria Salerno est, à ce titre, une excellente pioche puisqu’il est en capacité d’offrir autant de dureté que de vulnérabilité à son personnage pris au piège de ses propres convictions. S’il est plus discret dans le rôle du juge qui s’oppose parfois à celui-ci, Jean Sorel livre une composition solide tandis que Lee J. Cobb, pour sa première apparition dans un polar italien, se contente de jouer de sa grande carcasse pour occuper l’espace. Avec ce casting très consistant, le propos gagne en épaisseur et Robert Infanscelli livre un titre intéressant à bien des égards. Les amateurs d’action, quant à eux, trouveront dans la dernière ligne droite quelques séquences susceptibles de les contenter. Et les bisseux ne passeront pas à côté de cette scène ultra réaliste où une voiture percute de plein fouet un enfant.


Porté par une partition remarquable signée Stelvio Cipriani, certainement une des plus célèbres du genre et reprise, notamment, par le duo Hélène Cattet – Bruno Forzani, l’ensemble parvient à gagner en rythme. Ainsi, même s’il est loin d’être un des polars italiens les plus connus, ce Grand Kidnapping ne manque ni d’atouts ni de qualités, et il serait justice de lui accorder une plus grande audience en France afin de donner une vision plus juste de ce que le genre a pu proposer tout au long de ces années 1970.


6,5

Play-It-Again-Seb
7

Créée

le 30 juin 2025

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