Le cinéma d’exploitation italien a toujours aimé proposer des relectures des figures mythologiques, littéraires ou liturgiques. Le Jour de la haine s’inspire très clairement des personnages d’Abel et Caïn. Deux frères (demi-frères plus exactement) aux personnalités opposées peuvent-ils se réconcilier ou sont-ils condamnés à s’exterminer l’un l’autre ? L’originalité du film est de s’appuyer sur des flashbacks et de miser sur le mélo. La mésentente entre les deux hommes, l’amour d’une femme et l’assassinat d’un père reviennent comme d’incessantes obsessions durant toute la première partie du film. Construit de façon originale, le récit met en place ses enjeux comme une tragédie. Une astuce évidente pour donner de la profondeur à une simple histoire de vengeance comme on en a vue cent dans le genre. La musique horripilante de Nora Orlandi qui aurait dû servir l’ensemble ne fait, en réalité, que renforcer l’aspect guimauve de cette première partie au discours trop naïf pour convaincre.


Curieusement, c’est lorsque le film retrouve, dans sa seconde partie, un discours plus ordinaire qu’il est davantage convaincant. Si on y retrouve les recettes habituelles (un chasseur de primes blasé, un truand filou, des hommes de mains cruels, des traîtrises à foison et des caisses d’or qui font tourner les têtes), les péripéties sont suffisamment nombreuses pour rendre le résultat vraiment intéressant à suivre. Paradoxalement, c’est dans cette partie que le portrait des deux principaux antagonistes est plus abouti. Le film, par ailleurs, parvient à atteindre sa cible par l’intermédiaire de ses deux interprètes. Gianni Garko (qui n’avait pas encore endossé le costume de Sartana dans sa formule finale) dégage une présence toujours aussi magnétique tandis que Claudio Camaso incarne avec brio un personnage fourbe et volontiers psychopathe.


Le résultat ne sort pas des sentiers battus. C’est même un petit western qui se regarde davantage pour ses acteurs que pour son histoire parfois inutilement alambiquée. La musique, omniprésente, ne cesse de relancer son unique thème. Quelques scènes bien pensées font le job mais on a quand même connu Ernesto Gastaldi et les frères Martino beaucoup mieux inspirés.



Créée

le 8 janv. 2025

Critique lue 21 fois

PIAS

Écrit par

Critique lue 21 fois

2

D'autres avis sur Le Jour de la haine

Le Jour de la haine

Le Jour de la haine

5

Play-It-Again-Seb

1159 critiques

Abel et Caïn

Le cinéma d’exploitation italien a toujours aimé proposer des relectures des figures mythologiques, littéraires ou liturgiques. Le Jour de la haine s’inspire très clairement des personnages d’Abel et...

le 8 janv. 2025

Le Jour de la haine

Le Jour de la haine

10

Benjamin_Bucaille

13 critiques

Pépite méconnu du western spaghetti

Le jour de la haine est un western sombre, violent, tragique, magnifique. Un véritable chef d'oeuvre !

le 6 août 2014

Du même critique

Le père Noël est une ordure

Le père Noël est une ordure

9

Play-It-Again-Seb

1159 critiques

Du culte en haut de la cheminée

La comédie est un art difficile et ingrat. Quand elle est ratée ou même moyenne, elle est plus vilipendée que les autres genres, sous prétexte qu’elle est prétendument moins ambitieuse et qu’elle...

le 24 mars 2022

Astérix et le Griffon - Astérix, tome 39

Astérix et le Griffon - Astérix, tome 39

7

Play-It-Again-Seb

1159 critiques

Le retour de la griffe Goscinny-Uderzo

Depuis la reprise de la série par Ferry et Conrad, nos amis gaulois avaient une sacrée gueule de bois. La disparition de René Goscinny avait déjà très sérieusement entamé la qualité des albums même...

le 22 oct. 2021

Terreur aveugle

Terreur aveugle

8

Play-It-Again-Seb

1159 critiques

Bottes de cuir sans chapeau melon

Le sujet de la proie aveugle n’est pas entièrement nouveau puisqu’il a déjà été traité dans, notamment, Seule dans la nuit quelques années plus tôt. Le parti-pris de ce film écrit par Brian Clemens...

le 18 nov. 2022