Mon troisième van der Keuken après les deux très beaux volets de l'Enfant aveugle. Réalisé en 1989, soit pour le bicentenaire de la Révolution, le documentariste suit un jeune SDF de 23 ans, Philippe. Encore une fois, si les plans sont plus longs, on reconnait bien le style de Johan van der Keuken : un montage précis et savant, une neutralité apparente du propos (ceci le rapproche un peu de Werner Herzog), des gros plans en veux-tu en voilà, et une absence de misérabilisme (alors que le sujet aurait pu bien s'y prêter). Non, der Keuken préfère s'adresser directement à ce jeune homme (qu'il semble toujours caresser de sa caméra, notamment la très belle scène où il dort sur un lit de fortune). Il l'interroge sur son parcours, sur sa sexualité, sur ses aspirations, sur ses opinions politiques.
Et il ne le juge jamais, c'est la grande force du cinéaste. Il s'efface devant ses sujets, le but étant simplement de montrer et non pas de démontrer. Les meilleurs passages du film sont ceux partagés en tête à tête avec Philippe qui, nous dit-il, rêve d'une belle garde-robe pour pouvoir faire bonne impression auprès des chefs d'entreprise. Pour ma part, cette volonté de suivre Philippe dans ses pérégrinations quotidiennes représente LA ligne d'intensité du film (et der Keuken fait ici mille fois mieux que le très surestimé Dark Days et son N&B prétentieux).
Dommage que, contrairement à ces Enfants aveugles, der Keuken ne la suive pas rigoureusement. Le docu s'éparpille un peu trop, il me semble, sur des problèmes sociaux un peu HS (l'immigration, par exemple). Et puis, les inserts d'images télé, c'est un peu lourd. Au bout de trois fois, on a compris.