Ce film m'a laissé plein d'amertume. Non pas qu'il soit de mauvaise qualité, au contraire, mais par sa clairvoyance, sa lucidité.
On pourrait au départ s'indigner de la médiocrité du personnage incarné par Bourvil et plaindre sa pauvre compagne qui se retrouve emprisonnée dans une union avec un homme qui au départ lui a menti.
Mais sa faute à lui est-elle impardonnable, lui qui a voulu la faire rêver pour la séduire ?
Était-elle si niaise pour se laisser enfermer dans un mariage auquel elle n'aurait pas consenti si elle avait parfaitement connu l'homme auparavant ?
Certainement que non, elle qui est consciente de sa propre médiocrité, et qui le montre d'ailleurs par la suite après dix ans de mariage "heureux", elle souhaite toujours lui plaire.
Mais voilà, la modernité fait son entrée fracassante et destructrice. Le mieux est l'ennemi du bien, comme disait l'autre...
Cette modernité qui est incarnée ici par le chirurgien plasticien qui offrira "par bonté d'âme" un "beau" visage à l'épouse soit-disant flouée par la nature.
Le pauvre Pierre (Bourvil) se sentira alors trahi (à raison oserais-je dire) par le changement d'apparence de sa femme, qu'il aimait comme elle était, toute simple, comme lui, et qu'il croira désireuse de luxe et de luxure sans se rendre compte qu'il la poussera par son rejet dans cette prophétie autoréalisatrice.
Une critique acide de l'évolution des rapports homme-femme soumis à l'influence de la société de consommation. Pourquoi te satisfaire de ce que tu as (une famille) quand tu pourrais avoir tellement plus (le désir des autres) ?