Dans l’intention, le réalisateur dit s’être inspiré du western (John Ford), du film de traque (Essential Killing de Jerzy Skolimowski) et de L’Armée des ombres, pour le côté héros du quotidien qui sort de l’ordinaire pour dire une chose à la fois simple et extraordinaire, « non, il y a des choses qui ne se font pas ». Et au-delà de certains poncifs du polar corse (mafia, solidarité, corruption, clans, etc.), le film tente de raviver la notion de héros légendaire, défenseur des pauvres et de l’intégrité, hier par la chanson de geste, aujourd’hui par les réseaux sociaux (plutôt le réseau d’Elon M. que ceux de Mark Z., et plus contre des pouvoirs officieux qu’officiels), les pochoirs et les chansons folk-rock en langue vernaculaire.
Issu du monde du documentaire, Frédéric Fabrucci a consolidé une veine très vivace dans le cinéma français actuel, celui de l’emploi d’amateurs, du véto au berger, pour une couleur et des accents très locaux. Et Alexis Manenti a pu se réapproprier une histoire familiale corse mal transmise (il est en partie originaire de cette autre île de beauté, tant il y en a beaucoup), il a même pu apprendre le corse auprès de la famille d’un berger, Joseph Terrazzoni, équivalent pastoral de notre nordiste Chez Salah, cafetier et limonadier résistant aux promoteurs et autres mafieux, qui résiste avec ses terres littorales : si dans le passé elles étaient sans valeur et transmises aux filles, elles sont aujourd’hui des « ghettos de riches » et des terres promises pour les touristes.