Le monde parfait
7.6
Le monde parfait

Documentaire TV de Patric Jean (2019)

Polygone, mon amour (ou mon aliénation ?)

Ce reportage me hante, au point où je me suis surpris à siffler la musique d’accueil du centre commercial du Polygone sous la douche.


Il y a tout. Et ce que je préfère, ce sont ces reportages à la Strip-Tease, où le réalisateur se tait et laisse les protagonistes exister, dans une vie qui semble si triste et pourtant les voit sourire.


La beauté de l’aliénation par la consommation est retranscrite avec une justesse effrayante à travers plusieurs personnages, chacun incarnant un travers de notre société :


L’animateur : Ça aurait pu être moi. Toujours de bonne humeur, il annonce chaque promotion et chaque "événement" quotidien (ce qui, par définition, n’en fait plus des événements). Est-il heureux ?


La femme de ménage : Chaque matin, elle regarde le train passer et rêve de le prendre, mais elle n’a pas assez d’argent. Elle raconte sa journée, celle d’une prolétaire qui travaille dur pour rendre cet endroit si propre, malgré la saleté du monde qui l’entoure. Est-elle heureuse ?


L’ancienne cheffe d’entreprise : Elle a tout plaqué pour se retrouver à l’accueil, évoque son ennui mais affirme ne rien regretter. Elle est peut-être sincère. Mais est-elle heureuse ?


Le restaurateur : 70 heures par semaine, 330 jours par an, sacrifiant tout à son restaurant de bagels.


Le vieux du Polygone : Il préfère être là, entouré de monde, plutôt que seul devant sa télévision. Qui pourrait le lui reprocher ? Les centres commerciaux sont-ils devenus les nouveaux lieux de rencontre ?


Les jeunes interrogés semblent répondre oui. Ici, il y a tout, disent-ils, alors que les centres-villes se meurent. Autant se retrouver là, flâner, se draguer, chanter, jouer au bowling, aller voir l'avant première de 50 nuances de grey avec des strip teaser (la boucle est bouclée ?) et ainsi – le directeur de l’établissement s'en réjouit – consommer.


Consommer pour être heureux. Mais le Polygone ne finit-il pas par nous consumer, nous ?


Et si, au fond, c’était moi le malheureux, à juger leur manière de vivre ?


Bref, chaque visionnage de ce reportage m’offre de nouvelles grilles de lecture. Sur moi. Sur le capitalisme. Sur les autres. Sur le bonheur. Sur la sociologie. Sur nos conditions matérielles. Sur l’humanité.

ThomasBGY
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le 22 mars 2025

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ThomasBGY

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